Pour investir au mieux, méfiez-vous des effets pervers de la création monétaire

Les marchés actions américains sont entrés en mode correction (baisse de 10% depuis le plus haut du 10 février)[1]. Pour un marché baissier, il faudrait que la chute atteigne 20%. Dans ce cas, les marchés européens pourraient ne pas résister[2]. Que faire si vous avez prévu de placer de l’argent ?

Peut-on investir sur les marchés financiers selon un principe ? 

Si la réponse est « non, il n’existe pas de principe unique de décision », seul l’opportunisme paiera.

Dans ce cas, c’est simple : prenez les investissements à la mode et vendez-les dès qu’ils deviennent passés de mode.

Par exemple, avant l’élection de Trump vous investissiez sur les « Trump trades » : les entreprises d’Elon Musk et toutes les valeurs de la technologie qui ont la faveur de la nouvelle ligne politique. Puis vous vendiez un peu après l’élection aux premiers cafouillages.

Maintenant cela pourrait être : mettez le paquet sur l’industrie de l’armement.

Évidemment, vous devez être sans arrêt aux aguets, devenir une bonne girouette, bien huilée pour tourner rapidement au moindre frémissement du vent.

Lisez beaucoup. Flairez le nouveau consensus. Achetez puis vendez quelques semaines ou mois plus tard.

Cela peut marcher… s’il n’y a pas de krach comme en

·      1929, la Grande dépression

·      1974, le choc pétrolier

·      1987, le krach du lundi noir

·      2000, la bulle internet

·      2008, le crédit subprime

·      2020, l’épidémie de Covid19

Depuis le creux de 2009, « bon an mal an », krach ou pas, la croissance de l’indice S&P500 (les 500 plus grandes entreprises américaines) est de 16,5% par an.

L’opportunisme paie-t-il vraiment ? Si on regarde les investissements à la mode, beaucoup sont subventionnés : véhicules électriques, énergies alternatives ou vertes et, bien sûr, l’armement.

Henry Bonner souligne régulièrement dans ses chroniques que tout ce qui est subventionné, administré, conduit au gâchis.

Durant un court laps de temps, le dirigisme et les subventions font le bonheur des investisseurs et entrepreneurs. Puis les désillusions arrivent : les énergies « vertes » ou « renouvelables » ne sont pas rentables, le recyclage forcé non plus, … Cela fait longtemps que les bons opportunistes ont vendu. Ne restent plus que les naïfs qui y perdent des plumes.

Le Wall Street Journal, s’est récemment fait l’écho d’une étude du professeur Edward McQuarrie. Les archives des transactions boursières depuis 1792 mettent en évidence de longues périodes de perte pouvant durer une dizaine d’années (1999 à 2008, par exemple mais aussi avant septembre 1974, ou encore août 1939). Il ne s’agit plus de statistiques mais de vraies transactions. Les gens qui avaient acheté trop cher se sont retrouvés piégés durant des années et se sont retrouvés contraints de vendre à perte.

Un principe pour savoir quand acheter

Nous nous reposons sur un principe. Il concerne la valorisation des actions en général.

Ce principe paraît évident : acheter lorsque les prix sont bas.

En pratique, l’application de ce principe est moins évidente qu’il n’y paraît.

Lorsque les gens font leurs courses, ils se dirigent naturellement vers les prix les plus bas.

Étrangement, en matière d’investissement, ce sont au contraire les prix hauts qui les attirent. Les bulles financières se gonflent ainsi ; les prix toujours plus élevés ne dissuadent personne, au contraire, ils attirent les acheteurs. Les médias financiers relaient les hausses. Comme si sur un marché, un vendeur clamait « achetez ces belles fraises, elles sont très chères mais demain elles le seront encore plus » et arrivait à former une file d’attente.

De même, lorsque les taux sont bas, tout ce qui s’achète à crédit devient cher. Les taux bas attirent les acheteurs et font monter les prix. Pourtant, les gens se ruent sur l’immobilier lorsque les taux sont bas.

Mais comment savoir si les prix sont attractifs ou au contraire prohibitifs ? Certains comparent les prix d’une action aux résultats de l’entreprise, d’autres aux résultats futurs ou à son chiffre d’affaires. D’autres encore comparent la capitalisation d’un indice à la taille de l’économie, le PIB (méthode de Warren Buffet), …

Pour nos spécialistes, toutes ces méthodes présentent un même défaut : elles mettent en jeu la monnaie. Or, la monnaie est aujourd‘hui créée à volonté par les banques centrales ou les gouvernements qui empilent les déficits.

C’est pourquoi nous préférons comparer le prix des actions à l’or. Car nous estimons que l’or est toujours une monnaie. Si l’or n’était plus une monnaie, pourquoi diable les banques centrales en auraient-elles toujours en réserve ?

Selon notre méthode préférée, de comparaison des actions par rapport à l’or :

·      Les actions baissent depuis 2021

·      Mais elles sont encore chères

Coût des actions du Dow Jones achetées en or

Source Longtermtrends

Sur ce graphe, c’est l’indice Dow Jones qui figure. Ce sont de vieilles entreprises américaines, plutôt industrielles, donc à l’abri des modes, qui composent cet indice. Le prix en or de ces actions a beaucoup augmenté entre 1980 et 2000 lorsque la bulle internet s’est gonflée. Preuve que les actions ordinaires sont aussi entraînées dans les bulles. Par la suite, le prix en or des actions a baissé jusqu’en 2008. Ce qui parait bizarre puisque la bulle de crédit immobilier subprime se gonflait. Mais si les prix des actions progressaient en dollar ou en euro, celui de l’or progressait encore plus vite.

Depuis 2021, il semble que nous soyons entrés dans une situation similaire : les prix des actions progressent en dollar ou en euro mais celui de l’or progresse encore plus vite.

Cependant cette baisse n’est pas suffisante. Nos spécialistes estiment qu’un bon seuil d’achat est plus certainement autour de 5. Ce dernier chiffre correspond à la moyenne historique de très long terme.

Pour mieux saisir, un exemple concret : la capitalisation d’Apple est de l’ordre de 3 200 Mds$ (celle de Microsoft de 2 800 Mds$). Calculée à 2 920 $ l’once, de la somme des réserves de toutes les banques centrales se monte à 3 000 Mds$.

Aux cours actuels, l’or, la vraie monnaie, celle qui n’est la dette de personne, ne peut acheter qu’une seule des très grandes entreprises américaines cotées. 

C’est à notre sens injustifié. Soit la vraie monnaie, l’or, doit progresser, soit la valeur des actions Microsoft ou Apple doit baisser. Ou un mélange des deux.

Dans les deux cas, cela veut dire que l’or a encore une marge d’appréciation. Donc, pourquoi prendre le risque d’acheter des actions maintenant ?

Le potentiel d’appréciation de l’or

En Europe, le conflit russo-ukrainien fournit une occasion inespérée de nouvelle passe de création monétaire.

Un plan de réarmement de 800 milliards est prévu.

Sachant que la plupart des pays européens sont en déficit, ces dépenses devront être financées par la création monétaire, des impôts et taxes.

Entre, la crise financière, la crise de la dette en euros, le « n’importe-quoi-qu’il-en-coûte », la masse monétaire de l’Eurozone est passée de moins de 10 000 Mds€ à 17 000 Mds€.

Toutes ces dépenses publiques ont fait appel à la création monétaire.

Evolution de la masse de l’Eurozone depuis 10 ans

Source tradingeconomics.com

C’est ainsi que le prix de l’or exprimé en euros est passé de 1 100 € l’once à 2 795 € l’once (3 000 $ l’once).

Le « plan de réarmement » correspond à 5% d’euros supplémentaires en circulation.

Que va-t-il se passer ? 

·      Dans un premier temps, les valeurs liées à l’armement vont progresser.

·      Dans un deuxième temps, vous constaterez une baisse de votre pouvoir d’achat lorsqu’une partie de ces euros retourneront dans l’économie au sens large. 

·      Dans un troisième temps, la capitalisation de l’industrie de l’armement comparée à l’or va baisser.

·      Dans un quatrième temps, mais nous en sommes encore loin, on redécouvrira que la création monétaire n’enrichit que ceux qui la contrôlent et ceux qui en bénéficient en premier.

Si vous êtes ami de madame Lagarde et avez d’excellentes relations dans le secteur de l’armement, vous pouvez tenter votre chance et miser sur ce secteur.

Dans le cas contraire, la prudence reste de mise. Si vous avez de l’argent à investir, mettez en une petite partie dans un tracker thématique (nos spécialistes ont une idée là-dessus, nous l’avons appelée la transaction de la décennie et elle est valable encore cinq ans) et préférez l’or.

[1] Morningstar

[2] Lien BFM

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Les dépenses publiques provoquent les hausses de prix