La bataille désespérée contre l’inflation
Bruno Le Maire annonce un encadrement des prix. C’est une initiative vouée à l’échec comme le montre l’histoire et les exemples récents, du A de l’Argentine au Z du Zimbabwe en passant par le Venezuela. Pire, cette initiative va accélérer l’arrivée de la crise de la dette publique.
Voilà que notre sémillant Bruno Le Maire - qui ne passe jamais à côté d’une ânerie - nous promet des blocages de prix pour lutter contre l’inflation et « casser définitivement la spirale des prix ».
5 000 prix de produits alimentaires encadrés ou bloqués
La plupart des loyers bloqués
…
Au fur et à mesure que les effets pervers du « quoiqu’il en coûte » et des déficits publics se répandront, la liste devrait s’allonger. Les seuls prix dont la hausse sera libre seront les impôts et taxes…
L’inflation est toujours un phénomène politique
Dans l’usage courant, beaucoup de gens désignent par « inflation » la hausse des prix de la vie courante. Ceci revient à assimiler la cause (augmentation de la masse monétaire) aux effets (augmentation injustifiée des prix).
Comme vous le savez si vous nous lisez depuis un moment, l’inflation est un phénomène monétaire : c’est une hausse de la quantité de monnaie (ou de crédit), sans rapport avec la quantité de biens ou services échangés. Comme la monnaie n’a plus d’ancrage matériel (les métaux précieux), l’inflation est encore plus facile que par le passé.
Bill Bonner va plus loin et écrit à juste raison que l’inflation est un phénomène politique.
Depuis l’avènement des monnaies fiduciaires, on parle de « politique monétaire ». Dans cette expression, le mot important et « politique ». Le contrôle monétaire est dévolu aux banques centrales. Si relever les taux diminue le rythme de l’inflation (en freinant la création de crédit), baisser les taux l’augmente en accélérant la création de crédit. Dans tous les cas, la masse monétaire augmente, sous la pression des politiciens qui aiment l’argent facile des déficits. La seule différence est le rythme d’augmentation.
N’importe qui ayant un minimum de bagage historique sait que les blocages de prix sont inefficaces. Dans mon livre sur la monnaie, je consacre un long passage à l’expérience de blocage des prix de l’empereur Dioclétien et un autre long passage sur l’essaimage de l’inflation vers les prix de la vie courante. Aucune expérience de création monétaire n’a été exempte de conséquences sur les prix. Aujourd’hui n’est pas différent. Plutôt que de se consacrer à l’écriture romanesque, Bruno Le Maire ferait mieux de lire des livres d’histoire, cela lui éviterait d’enfiler les bêtises comme des perles sur un collier. Perles que nous paierons très cher.
Même les journalistes du Figaro ne sont pas dupes. Ainsi peut-on lire dans l’édition du lundi 4 septembre sous la plume d’Anne de Guigné :
« De manière générale, les tentatives d’encadrement ou blocage des prix suivent toujours ce schéma. Par nature populaires, elles peuvent à court terme donner l’illusion d’une certaine efficacité avant de systématiquement laminer l’offre et provoquer des pénuries. Comme l’histoire l’a montré à d’innombrables reprises depuis l’édit du Maximum de Dioclétien en 301 jusqu’au récent gel des prix alimentaires décidé par Victor Orban, de telles mesures se trouvent uniquement justifiées en cas de hausse ponctuelle des prix provoquée par un mouvement de spéculation ou bien dans des situations de monopole. »
À mon sens, la spéculation ou le monopole ne justifient même pas un contrôle des prix. La spéculation est un signal d’alerte qui va stimuler la concurrence ou la créativité. Quant au monopole, son remède, c’est la concurrence.
Précisons que les contrevenants à l’édit de Dioclétien risquaient la peine de mort, ce qui n’a pas empêché l’inflation de poursuivre ses ravages.
L’inflation ou la mort
La mort est le vrai sujet. Nos experts résument la situation actuelle par « l’inflation ou la mort ». Le système financier moderne ne peut survivre que si le crédit augmente.
Ceux qui ont le plus désespérément besoin de crédit ne sont pas les acteurs du secteur privé. Ces derniers – lorsqu’ils ne peuvent plus payer leurs dettes – font faillite.
Ceux qui ont le plus désespérément besoin de crédit et de la création monétaire sont les gouvernements et les banques.
· Les gouvernements, en raison de leurs dettes et de leurs déficits qui s’ajoutent à la dette accumulée par le passé. Pour « rembourser » un emprunt, les gouvernements sont obligés d’emprunter à nouveau. Pour financer le déficit, ils sont obligés d’emprunter encore plus.
· Les banques parce qu’elles sont gorgées d’emprunts d’État, trop grosses pour faire faillite et qu’il faut faire survivre le mythe selon lequel l’argent des déposants serait disponible à tout instant.
Sans inflation, c’est donc la mort du système.
Auparavant, les prix de l’immobilier et des actifs financiers étaient les seuls touchés par les hausses des prix et les Français se pensaient des génies. Mais depuis que l’inflation essaime dans les prix de la vie quotidienne, les gens sont mécontents.
Pour lutter contre cet effet indésirable et de plus en plus visible Bruno Le Maire veut bloquer les prix.
Mais ça ne fonctionnera pas, cette fois encore comme lors de tous les essais précédents depuis deux mille ans.
L’inflation va donc persister même si le rythme de hausse des prix fluctuera. À ce stade d’endettement public, aucune reprise en main sérieuse par une hausse des taux d’intérêt supérieure à la hausse des prix n’est envisageable sans mettre le système en faillite.
La mort de l’assurance-vie ?
En pratique, les gens ont acté cette situation. Il suffit de regarder comment évolue l’épargne placée en assurance-vie.
Voici un graphique des Echos du lundi 4 septembre.
L’article indique que la collecte de l’assurance-vie diminue : les montants désinvestis dépassent les montants investis ce mois-ci.
Mais ce n’est pas le plus important. Le point essentiel est que les Français ont déjà commencé à lâcher la dette française qui constitue la base des contrats dits en euro. C’est la partie noire du diagramme des Échos. Les épargnants préfèrent les contrats dits en « unités de compte » - la partie rouge du diagramme - qui reposent sur des fonds en actions.
C’est sage et avisé : pourquoi placer son argent là où il rapporte péniblement 2% alors que la hausse des prix est plus du double ?
Pour terminer, précisons que notre « transaction de la décennie » peut utiliser comme support les contrats en unité de compte des assurances-vie.