La poudre aux yeux du budget de Bercy
C’est fini. Plus de « quoiqu’il en coûte ». Les inspecteurs des finances de Bercy jonglent avec les chiffres pour tenter d’accoucher d’un budget avec un tantinet moins de déficit.
Les caisses sont vides. La dette atteint 3 000 Mds€. Les taux montent. Les agences de notation sont à l’affût. Comment faire pour réduire le déficit ?
Le Figaro du 21 août nous donne quelques pistes :
Du côté des recettes pas de hausses des principaux impôts : IS, IR et TVA. En revanche, il serait question de réduire ou supprimer quelques remises d’impôts comme le Pinel (défiscalisation d’investissements immobiliers), les réductions de taxes carbones et de taxes sur le fuel pour les professionnels.
En somme, comme le résume Contrepoints, alourdissement des impôts et taxes de ceux qui en payent déjà beaucoup et rien pour ceux qui n’en paient pas. Rappelons que plus de la moitié des ménages ne paient pas d’impôt sur le revenu.
Du côté des dépenses, l’article du Figaro rappelle quelques points importants :
35% des recettes nourrissent l’appareil étatique, 20% alimentent les collectivités territoriales. Le reste, 45%, soit 700 Mds€, sont des dépenses « sociales ».
C’est là, dans le « social », que le gouvernement a choisi de gratter.
Plus question de toucher à la Santé, qui est de moins en moins « gratuite », les franchises de la Sécurité sociale ne cessant d’augmenter tout comme les frais de consultation et les tarifs des mutuelles dites complémentaires. La piste du moindre remboursement des médicaments semble donc abandonnée.
Il serait question que les économies soient faites en désindexant certaines allocations, notamment les retraites, et les allocations au logement.
Bien entendu, ce budget ne présente aucune véritable baisse de dépenses, seulement des ajustements marginaux. Les 15 Mds€ mentionnés par Le Figaro représentent moins de 10% des 165 Mds€ de déficit attendu pour 2023.
Supposons un particulier qui vivrait au-dessus de ses moyens depuis 50 ans, accumulant des dettes. Comme il vit de racket légal – il prend de force de l’argent à qui il veut –, les prêteurs sont plutôt accommodants. Mais voilà que les taux d’emprunts montent, au lieu de baisser. Les prêteurs se disent que les victimes du racket légal risquent de ne plus pouvoir être plumées aussi facilement que par le passé. Sous pression, notre particulier présente un budget qui réduit de 10% ses dépenses excédentaires. La belle affaire !
En réalité, les véritables économies sur les dépenses « sociales » nécessitent une légitimité politique qu’Emmanuel Macron n’a pas. Il eut fallu en parler au bon peuple avant et se faire élire sur cette idée. Or le président a été élu sur « faire barrage au Front national ». C’est justement cette situation qui a poussé l’agence de notation Fitch à dégrader la note de la France : manque de marge de manœuvre politique.
L’éléphant au milieu de la pièce
Un autre volet important d’économies est la suradministration de la France dans tous les domaines : en France, on sème des fonctionnaires et on récolte des impôts, pour paraphraser George Clémenceau.
Un exemple, les hôpitaux qui nous coûtent une fortune mais manqueraient de moyens.
Un autre exemple, l’enseignement. Le Mammouth de l’Éducation nationale est un gros poste du budget de l’État. Pourtant, la France est très médiocrement notée dans les classements internationaux. Mais le nombre de professeurs par élèves est plus important que celui des pays de l’OCDE mieux notés.
Beaucoup d’effectifs de police aussi, mais surtout dans les bureaux plutôt que sur les terrains difficiles…
Etc.
Le mal est connu, mais les remèdes sont difficiles à avaler pour des électeurs qui ont tous un ou plusieurs fonctionnaires dans leur famille.
Qui se fera élire sur les thèmes suivants :
· Coupons dans les dépenses sociales
· Mettons l’assurance-maladie en concurrence
· Mettons l’assurance-chômage en concurrence
· Supprimons des bureaucrates
· Supprimons les ministères inutiles, les observatoires bidons, le mille-feuille des collectivités locales, seul héritage de grandes lois de décentralisation ratées, les normes inefficaces…
Qui ?
Personne, évidemment.
Par conséquent, les déficits vont continuer, la dette grossira et lorsque le FMI ou la fameuse Troïka de la crise de la dette grecque interviendra, tout le monde sera lourdement taxé pour pouvoir payer les créanciers étrangers.
Replâtrage avec de la communication
En attendant, nous avons droit à d’habiles exercices de communication. Ainsi, pour Elisabeth Borne, les promesses de ne pas augmenter les impôts sont tenues car il ne s’agissait que des impôts sur les revenus des ménages.
Ce qui nous vaut ce genre de hiatus :
Quant à l’ineffable Bruno Le Maire, gêné par son intelligence[i], cela ne le dérange pas d’annoncer un nouveau déficit pour 2024 et de prétendre « nous allons accélérer le rythme de désendettement de la France ».
La perspective des Jeux Olympiques à Paris en 2024 n’est pas réjouissante. La déroute des finances publiques du Brésil et de la Grèce avait suivi de très peu cet événement, qui avait servi de révélateur.
Nos spécialistes déconseillent de placer son épargne dans de la dette publique à long-terme et par conséquent déconseillent d’investir dans les obligations souveraines.
[i] Il avait déclaré en 2016 « mon intelligence est un obstacle »