Nouvelle étape vers la crise des finances publiques

L’agence de notation Fitch Rating vient de dégrader la note de la dette souveraine de notre pays de AA à AA-. Son diagnostic de fond : « impasse politique ».

Les agences de notation sont en retard sur les marchés qui ont déjà pris en compte le risque plus élevé de la dette française. Ainsi, le rendement de l’OAT à dix ans, l’emprunt considéré comme référence, n’a pas attendu la note de Fitch pour augmenter. Les rendements progressent depuis 2022 malgré les rachats réguliers de la Banque centrale européennes pour soutenir ces titres.

Source : Tradingeconomics

Certes, une partie de cette hausse est due à l’inflation et au fait que les investisseurs souhaitent avoir un rendement plus élevé lorsque l’inflation augmente.

Mais une autre partie de la hausse est due à la perception du risque même si les opérations de la BCE (qui consistent à racheter des émissions de dettes pour en faire monter les prix et baisser les rendements) ont justement pour objet de fausser ces appréciations.

Ainsi, les marchés financiers considèrent encore que prêter à l’Italie ou l’Espagne est plus risqué que de prêter à la France. Ils demandent 4,15% à l’Italie contre seulement 3,34% à l’Espagne et 2,85% à la France. Mais cette différence tend à s‘amenuiser.

Sur quoi se fondent les investisseurs qui décident ou non de souscrire aux nouveaux emprunts émis ? L’inflation est importante puisqu’elle détermine le rendement net. L’inflation locale est à 8,3% en Italie, 4,1% en Espagne et 5,9% en France. En moyenne, dans l’Eurozone, elle s’établit à 7%. Les rendements réels restent donc encore largement négatifs. L’inflation n’est toutefois pas le seul critère. Les perspectives de croissance sont un autre point important. Le rythme annuel de croissance est de 1,8% en Italie, 0,8% en France et 3,8% en Espagne.

Pour résumer :

Ce simple constat montre d’ailleurs le caractère artificiel de l’euro : une seule monnaie mais plusieurs taux d’intérêt de dette souveraine, plusieurs taux d’inflation, plusieurs taux de croissance et des niveaux d’endettement très variables selon les pays.

Entend-on parler des différences de taux d’inflation ou de croissance de la Californie, du Texas et de l’Arizona ? Non. Les dettes souveraines des États-Unis sont émises par le seul État fédéral et sous la responsabilité du seul gouvernement de Washington. Contrairement à ce qui se passe dans l’Eurozone.

Malgré nos déficits commerciaux et budgétaire, nous empruntons encore à bon compte car de nombreux pays de l’Eurozone émettent moins de dettes : ils réduisent leur déficit ou diminuent leur endettement. L’offre de qualité se faisant plus rare, les investisseurs se tournent vers le second choix. 

Mais il n’y a pas que les chiffres. Un commentaire de Fitch qui accompagnait la dégradation de la note française mentionnait « l’impasse politique » dans laquelle se trouvait notre pays.

L’impasse politique mène à l’impasse budgétaire qui débouche sur l’impasse fiscale

Pour justifier de toucher aux curseurs du régime de retraite par répartition auquel les Français sont soumis, le gouvernement invoquait la mise à l’équilibre des comptes publics. Cet objectif est raté. 

Pratiquement, les nouvelles dispositions – qui sont loin d’être une réforme - ne changeront hélas presque rien à la situation désastreuse de nos finances publiques.

Selon l’institut d’étude Rexecode :

«Sous des perspectives macroéconomiques plus prudentes à l'horizon 2030, mais sans doute plus vraisemblables, le déficit des régimes de retraite atteindrait avant réforme 1 % du PIB en 2030, le déficit après réforme serait alors de 0,6 % du PIB» soit trois fois plus important que ce que chiffre le gouvernement qui prévoyait 0,2% du PIB.

Pour honorer le service de sa dette, un État a besoin que ses citoyens s’enrichissent et payent des impôts. Les ennuis commencent lorsque les fruits de la croissance sont entièrement captés par l’État. C’est ce qui est en train d’arriver en France. Pour supporter une dette publique supérieur au PIB, il faut que le taux de croissance dépasse le taux d’intérêt moyen sur la dette. Ce n’est plus le cas en France.

Selon les propres calculs du gouvernement, publiés par Les Échos en août 2022, le service de la dette progressera de 1,6% à 2,1% du PIB de 2023 à 2027. Beaucoup plus que la croissance. Par conséquent les Français sont condamnés à s’appauvrir puisqu’il faudra leur prendre par l’impôt plus que leur surcroît de revenus.

Pour renverser la vapeur, il faudrait réduire les dépenses publiques et diminuer le rôle de l’État. Mais Emmanuel Macron n’a pas été élu pour cela. Il a été réélu pour faire « barrage à Marine Le Pen ». Nos monarques républicains ont peu de goût pour le minarchisme, le gouvernement minimal. Et nos concitoyens n’y sont pas préparés, d’autant plus que ceux qui paient des impôts lourds sont une minorité tandis que ceux qui profitent de la redistribution constituent une large majorité. D’où l’impasse politique. Si une fausse réforme suffit à entraver le pays durant de nombreuses semaines, que produiraient alors de vraies réformes ?

Pendant ce temps, en Italie (où l’âge de la retraite est déjà à 67 ans), Giorgia Meloni réforme les aides sociales et la politique de redistribution.

Le Journal du Dimanche :

« choix fait par l’exécutif italien, ce lundi 1er mai, de supprimer le « revenu de citoyenneté » pour le remplacer par un « chèque d’inclusion», qui bénéficiera à moins de monde. Alors que le « revenu de citoyenneté » était destiné à toute personne justifiant de revenus très modestes - y compris les jeunes -, le « chèque d’inclusion » sera réservé aux familles composées de personnes présentant un handicap, de mineurs ou de plus de 60 ans. »

L’objectif de Meloni, qualifiée d’extrême-droite, est de ne pas verser d’allocations à ceux qui sont en âge et en condition physique de travailler. Le revenu de citoyenneté, en place depuis 2019, visait à « abolir la pauvreté », selon Le Monde qui ne plaisante jamais et vante le succès de cette mesure.

Macron n’a pas été élu pour faire du Meloni et n’a aucune légitimité pour s’en prendre aux dépenses sociales qui représentent 572 € sur 1 000 € de dépenses publiques selon le nouveau gadget de communication du gouvernement « en avoir pour mes impôts » :

La crise budgétaire ne saurait tarder avec un ministre de l’Économie, des Finances et de la Souveraineté industrielle et numérique (excusez du peu) constamment pris en défaut sur les chiffres de ses dossiers les plus importants.

Mais il est vrai que Bruno Le Maire mène en parallèle de sa carrière politique une carrière de romancier. Il vient de publier Fugue américaine chez Gallimard, écrit à « ses heures perdues ». Visiblement, la brutalité des chiffres ne l’intéresse pas et il préfère la fiction n’hésitant pas à proclamer « l’économie française est solide » à la fin du mois d’avril ou à inaugurer des « trimestres anti-inflation ».

Une crise budgétaire non maîtrisée mènera à une crise monétaire, l’Europe des fourmis n’étant pas encline à payer les amusements de l’Europe des cigales.

Pour déterminer quand cette crise éclatera au grand jour, Henry Bonner et moi-même tentons de vous donner en continu quelques pistes, probablement plus chaudes que les agences de notation qui sont suiveuses :

Pour protéger votre patrimoine, nous vous conseillons une allocation d’actif prudente, de couvrir vos liquidités avec une position en or et de concentrer vos investissements boursiers sur la transaction de la décennie.

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