Le prochain coup fourré monétaire se prépare

Les banques centrales rêvent d’émettre leur propre monnaie numérique. Le Fonds monétaires international n’entend pas perdre son statut d’arbitre monétaire et financier. Il est probable qu’à la prochaine crise le FMI et les banques centrales tentent de nous imposer leur totalitarisme monétaire.

La monnaie est manipulée par les autorités politiques et monétaires non pas pour nous simplifier la vie et nos échanges mais pour conserver en place un système financier à bout de souffle. Ce système de monnaies fiduciaires permet à quelques uns d’organiser de gigantesques transferts d’argent et de financer des lubies politiques.

Trois exemples concrets pour illustrer ce point de vue :

  • En France, les impôts ne suffisent plus à financer les dépenses publiques. Notre pays recourt systématiquement, année après année à la dette. La majorité des dépenses publiques est orientée vers des « dépenses sociales ». Il s’agit bien de transferts d’argent. S’il fallait réellement les financer par l’impôt, ces dépenses sociales seraient-elles aussi élevées ? Probablement pas car il n’y aurait pas de consentement à l’impôt.

  • Partout dans le monde, les économies dites développées subventionnent les énergies renouvelables ou les véhicules électriques sous couvert d’entreprendre de modifier le climat. Il s’agit bien de transfert d’argent et de financer des lubies et des lobbies. Sans subvention, qui achèterait un véhicule électrique ? Qui a besoin d’énergie chère et intermittente sachant que l’énergie bon marché et disponible existe ?

  • Des pays lourdement déficitaires envoient des munitions et des armes en Ukraine faisant durer un conflit dans lequel ils n’ont cependant aucun intérêt. Stricto sensu, ce qui se passe en Ukraine est en réalité une guerre civile qui a dégénéré et ne regarde en aucune façon les pays qui livre des armes. C’est un moyen de subventionner l’industrie militaire.

Tout ceci n’est possible que parce que le crédit est gratuit, que des banques ont le privilège de créer de la monnaie sans contrepartie, que des obligations souveraines réputées « irrépudiables » constituent l’assise du système monétaire international.

Mais il y a eu trop de monnaie émise. Bien plus que de richesses créées. Après les produits financiers et l’immobilier les prix de la vie courante ont fini par s’élever ; les banques centrales se sont donc lancées dans une opération de resserrement du crédit au motif de « lutter contre l’inflation ». Cette expression – comme presque toutes celles qui concernent la politique monétaire - est trompeuse : les banques centrales émettent moins de monnaie sans contrepartie mais elles en émettent toujours. Elles espèrent ralentir l’inflation pour qu’elle soit moins voyante mais elles n’ont aucune envie d’y renoncer.

Hausses de taux mais rendements toujours négatifs

Malgré ces hausses de taux, les rendements réels des titres de dettes souveraines (taux d’intérêt diminué du taux d’inflation) restent partout négatifs.

Voici une illustration de Visual Capitalist concernant les taux d’intérêt réels des différents pays.

Attention : Visual Capitalist a étrangement choisi de représenter en vert les taux d’intérêt réels négatifs (utiles aux autorités et aux emprunteurs) et en rouge les taux d’intérêt réels positifs (bon pour les épargnants et les prêteurs). 

Comme vous pouvez le constater, les taux négatifs sont plus fréquents que l’inverse. Aux États-Unis, ils sont très légèrement positifs (0,36%) mais négatifs dans presque tous les pays d’Europe.

Historiquement, en moyenne, celui qui possédait une obligation d’un État souverain pouvait prétendre à un rendement net de 5%. C’est une époque révolue depuis deux décennies.

Pour les gestionnaires de fonds et notamment ceux des fonds de retraite, ceci pose un problème. Ils sont contraints de détenir des titres dont les rendements sont mauvais. Et s’ils les vendent, ils matérialisent des pertes car personne n’en veut ; d’où les rachats de titres par les banques centrales.

Un certain nombre d’investisseurs institutionnels arbitrent et choisissent le moins mauvais rendement possible quitte à prendre un risque de change. Mais ce n’est pas une solution à long terme.

Contrer le risque de fuite devant toutes les monnaies fiduciaires

Par le passé, il était toujours possible de trouver une grande devise plus attrayante lorsque la

banque centrale d’un pays se livrait à des manipulations pour faire baisser sa monnaie. Mais c’est de moins en moins vrai. Que vont faire les institutionnels ? Fuir les obligations souveraines ?

Comble de malheur pour les autorités politiques et monétaires, l’épidémie de faillites des banques moyennes américaines instille le doute également chez les particuliers. Certes les dépôts même non garantis seront quand-même garantis mais par la création monétaire…

Que faire pour contrer le risque de fuite devant la monnaie de la part des investisseurs institutionnels comme des particuliers ? Les autorités ont déjà la solution : les monnaies numériques de banques centrales.

Durant une conférence donnée au Milken Institute le 1° mai et intitulée « l’État du système financier mondial », le Fonds monétaire international, par la voix de Kristalina Georgieva, est monté au créneau pour préparer l’opinion publique à leur avènement.

Selon la présentation officielle, la monnaie numérique est une monnaie émise sous forme immatérielle seulement par une banque centrale. Elle est sûre et fiable car elle repose sur les technologies des crypto-monnaies.

Ce sont des unités de crédit, si vous préférez, mais distribuables à tout le monde et pas seulement aux banques.

Comme les moyens informatiques d’aujourd’hui le permettent, ces unités de crédit peuvent être affectées à des individus, à des achats donnés, etc. Elles sont en permanence pistables.

Peut-être cette description ne vous enthousiasme-t-elle pas vraiment. Certes, ce genre de monnaie pourrait lutter contre toutes sortes de fraudes fiscales (pour ceux qui ont la sensibilité étatiste de gauche) ou sociales (pour ceux qui ont la sensibilité étatiste de droite). Mais si vous n’avez pas la sensibilité étatiste du tout, son corollaire est une société orwellienne, totalitaire, qui mettrait en œuvre au sens propre la notion de « crédit social »

Maintenant imaginez une grande banque de dépôts en faillite. Le fonds de garantie des dépôts n’est pas suffisant. Les déposants reçoivent alors en indemnisation des unités de monnaies de banque centrale. Ils l’acceptent au motif que c’est mieux que rien, presqu’avec gratitude. Pour dépenser ce nouvel argent numérique, il va falloir que des commerçants, des artisans, des prestataires l’acceptent aussi. Et voilà cette monnaie orwellienne qui s’installe dans les usages.

J’ai parlé d’une banque, mais ce pourrait aussi être un assureur ou un fonds de pension. Le résultat serait le même : acceptation de cette monnaie contrôlée, pour notre plus grand bien, évidemment.

Contrôlée par qui ? Dans le cas de la France, si l’euro survit, par des instances supranationales comme la Banque centrale européenne et le Fonds monétaire international (FMI).

Pour agréer une monnaie numérique de Banque centrale, le FMI a son mot à dire car il faut pouvoir pister cette monnaie au-delà des frontières aussi. L’organisme se prépare donc à éditer un manuel de bonne pratique à destination des banquiers centraux.

La résistance aux gentils qui ne veulent que notre bien est-elle possible ?

La résistance est toujours possible. Certes, les autorités ont le pouvoir législatif mais elles ont moins de cerveaux à mettre en parallèle que tous ceux sur lesquels leur autorité s’exerce.

Si les résistants sont suffisamment nombreux, ils ont donc l’avantage de la capacité intellectuelle.

S’ils se mobilisent, les résistants peuvent faire en sortes que le cash ne disparaisse pas des usages. Il est plus difficile pour les autorités de supprimer ce qui ne sert pas beaucoup que de supprimer ce qui est largement utilisé. Payez en espèces, incitez votre entourage à faire de même.

La concurrence monétaire numérique existe : c’est le bitcoin et les autres cryptomonnaies. Pour le moment, cela reste une monnaie de spéculation qui ne circule pas beaucoup mais il ne tient qu’à chacun de nous d’en développer l’usage.

Enfin, la monnaie ultime existe toujours : c’est l’or. Certaines banques centrales se sont renforcées et continuent à le faire en préparation de la crise monétaire qui couve. Certes, l’or est d’un usage quotidien difficile. Toutefois, avec certaines précautions, l’or est plus facile à acquérir, stocker et négocier qu’il y a seulement vingt ans grâce aux possibilités d’internet.

Oui, l’or est à des sommets comparé à l’euro, aux dollars, au franc suisse, à la livre sterling, au yen, au rouble. C’est justement la preuve qu’une crise monétaire d’une ampleur inédite couve : le coût de la police d’assurance s’élève. Mais il n’est pas trop tard…

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