Banques centrales : la fin de la confiance

Le gouverneur de la Banque d’Angleterre reconnaît devant le parlement britannique que les modèles de prévision économique ne sont pas fiables. L’ancien président de la Banque centrale européenne en revanche s’auto-félicite de la gestion de l’euro.

Le gouverneur de la Banque d’Angleterre, Andrew Bailey, est venu s’expliquer au sujet de l’inflation devant le Parlement britannique. Il devait répondre devant les élus à quelques questions épineuses telles que « pourquoi n’avez-vous pas vu venir l’inflation ? » ou encore « pourquoi, malgré les hausses de taux, l’inflation persiste-elle à des niveaux élevés ? » ce qui a donné lieu à quelques échos dans les médias spécialisés.

Bailey ne s’est pas exprimé qu’en langue-de-bois et a laissé échapper des doutes sur le bien-fondé des « modèles » utilisés par lui-même et ses pairs. Il estime qu’ils ne sont pas aptes à prévoir les effets de grands chocs en série tels que l’épidémie de Covid et la guerre russo-ukrainienne : « nous avons de bonnes leçons à apprendre », admet-il.

Concernant la hausse des prix des produits alimentaires, Bailey l’impute aux mauvaises récoltes au Maroc, à la grippe aviaire et aux hausses des prix du sucre.

L’économiste en chef de la Banque d’Angleterre, Huw Pill, a reconnu de son côté que les modèles prédictifs ont échoué parce qu’ils reposaient sur des statistiques collectées durant des années sans chocs. Mais selon lui on ne pouvait pas établir de similitudes avec la période inflationniste 1970 -1980 car trop de facteurs avaient changé dans l’économie.

«Quelque chose s’est vraiment grippé dans votre modélisation et vos réseaux d’informateurs supposés vous tenir à la pointe de l’information économique » a commenté Harriet Baldwin, la responsable de la commission parlementaire du Trésor.

Une foi illusoire dans une incroyable prétention

Ces remarques montrent la naïveté des technocrates et des élus. Comment prétendre « modéliser » l’économie ou avoir de meilleurs informateurs que les acteurs du marché ? Tous les jours les échanges qui se contractent sont le fruit des décisions de milliards de personnes différentes. Ces personnes ne sont pas des petits Playmobils, des abeilles ou des fourmis indifférenciées. Ce sont des gens qui ont leurs aspirations, leurs expériences, leurs connaissances, leurs intuitions, qui réagissent en temps réel … 



À chaque instant, la synthèse de ces décisions est le prix de chaque bien ou service échangé. Ceux qui souhaitent peser sur les prix – par le jeu des blocages, des subventions, des taxations, de la création monétaire, de taux d’intérêt ou de change fixes, etc. – veulent en réalité imposer leur volonté à d’autres, les tromper.

Au moins, les Britanniques font-ils preuve de pragmatisme et de réalisme en critiquant les « modèles » monétaristes.

De ce côté-ci de la Manche, ce n’est pas le réalisme mais plutôt le constructivisme et l’autosatisfaction qui règnent.


L’euro : « une ancre de stabilité pour le système économique et financier »

Jean-Claude Trichet, président de la Banque centrale européenne, s’exprime dans Le Figaro à l’occasion des vingt-cinq ans de la monnaie unique. Il ne tarit pas de louanges sur les hauts faits de la BCE qui a tout bon sur tout.

Voici un florilège des belles paroles de M. Trichet.

« Nous avons traversé des crises mondiales et européennes très, très difficiles. Les résultats sont là : aucun pays n’a quitté la zone, huit nouveaux pays ont rejoint les douze premiers, et la stabilité des prix a été en moyenne sur vingt-cinq ans au moins aussi bonne qu’avec les meilleures monnaies nationales avant l’euro ».

Remarque : le recul de l’inflation ne doit rien à la BCE mais tout à l’entrée de la Chine dans l’Organisation Mondiale du Commerce et à l’importation de biens manufacturés fabriqués par de la main d’œuvre sous-payée par les camarades-capitalistes-chinois.

« Après une première moitié tranquille de mon mandat, la seconde a été très difficile, entre 2007 et 2011. Un exemple : au tout début de la crise des subprimes, le 9 août 2007, nous avons pris en trois heures la décision de donner de la liquidité sans limite aux banques. Cela n’avait jamais été fait. On nous a demandé 95 milliards d’euros, que nous avons donnés. »

Remarque : la BCE « donne »  de l’argent qui n’existe pas ; en réalité elle se livre à une création monétaire inédite en temps de paix.

« Les raisons de ces interventions étaient monétaires, pas de faire plaisir aux gouvernements. La preuve en est établie depuis que l’inflation est revenue. La BCE a maintenant supprimé les achats nets d’obligations, elle ne fait plus de «quantitative easing» et elle a beaucoup augmenté ses taux car elle a la responsabilité de lutter contre l’inflation. »

Remarque : la BCE lutte tellement contre l’inflation que les taux d’intérêt sont toujours négatifs ! Mais toujours selon M. Trichet, la BCE a combattu l’inflation avec un timing parfait : ni trop tôt, ni trop tard.

Bien entendu, le journaliste qui a recueilli les bonnes paroles de M. Trichet n’avait pas préparé de question telle que : « comment expliquez-vous que le prix de l’once d’or soit passé en vingt ans de 300 € à 1 800 € - sa valeur a donc été multipliée par 6 - alors que l’euro est la devise la mieux gérée au monde ? »

Si les modèles sont pris en défaut, en quoi avoir confiance ?

Les modèles sont pris en défaut et c’est bien normal sauf à croire qu’il existe des individus omniscients.

Les modèles ne prévoient jamais les chocs, ils sont incapables d’anticiper le moment exact ou l’inflation – c’est-à-dire la création monétaire – va se transformer en hausse des prix de la vie quotidienne.

Les modèles n’anticipent pas les guerres et ne savent pas que ceux qui prétendent vouloir la paix vont armer les belligérants en creusant leurs déficits publics.

Pourtant, notre confiance dans les devises repose justement dans la confiance que nous mettons dans les gestionnaires de ces devises et leurs modèles.

Il se trouve que la hausse des cours de l’or reflète l’érosion du niveau de confiance. La moitié de notre transaction de la décennie consiste à placer notre confiance dans l’or plutôt que dans Messieurs Bailey, Powell ou madame Lagarde et leurs modèles.

L’autre moitié de notre transaction de la décennie consiste à penser que les « modèles climatiques » se révèleront aussi foireux que les autres et à miser sur les énergies fossiles.



Précédent
Précédent

Spéculateur en gaz et électricité malgré vous

Suivant
Suivant

Le prochain coup fourré monétaire se prépare