Un étalon-or exotique ?

De plus en plus d’analystes s’attendent à ce que les BRICs se mettent d’accord entre eux sur une monnaie d’échange adossée à l’or dès le 22 août. Cette remise en cause du statut du dollar est-elle possible alors que l’économie chinoise reste encore très dépendante des Etats-Unis ?

Le 22 août prochain, devrait se tenir un sommet de la Brésil, de la Russie, de l’Inde et de la Chine et de l’Afrique du Sud ce dernier étant le pays hôte.

Le président Emmanuel Macron a tenté de se faire inviter et s’est reçu une petite tape sur le museau de rappel des règles de politesse de la part de l’Afrique du Sud.

Le Monde :

« C’est l’hôte qui détermine qui doit être invité », a souligné la ministre sud-africaine des affaires étrangères, précisant que la décision appartenait au président Cyril Ramaphosa.

Suivi d’un uppercut de la Russie.

Courrier International :

« Il est clair que les chefs d’État qui conduisent une politique aussi hostile et inacceptable à notre égard, qui sont si déterminés à isoler la Russie sur le plan international et adhèrent à la ligne de l’Otan visant à nous infliger une défaite stratégique, n’ont pas leur place comme invités des Brics”, a déclaré, ce 22 juin, le vice-ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Riabkov, cité par le quotidien Kommersant ».

Avec ou sans Macron, à l’ordre du jour de ce sommet figurerait - non pas les sujets climatologiques, d’écriture inclusive, de parité et autres graves préoccupations occidentales - mais l’adoption d’une monnaie internationale adossée à l’or. L’idée serait de créer une devise transfrontalière indépendante du dollar.

Le gel des réserves de change de la Russie en représaille à l’invasion de l’Ukraine a été un électrochoc monétaire et provoqué une agitation neuronales dans ces pays qui affichent tous un excédent commercial : ils exportent plus qu’ils n’importent et ont par conséquent des réserves monétaires. 

Un panier aux ingrédients encore flous

 « Toutes les nuits, je me demande pourquoi tous les pays devraient commercer en dollars » avait déclaré le président brésilien Lula da Silva à Beijing en mars dernier.

Le projet mûrit donc doucement même si le sujet est peu relayé par la presse occidentale. La seule monnaie apolitique qui n’est la dette de personne est l’or. Ça tombe bien, les BRICs en ont accumulé.


La Russie pousse pour que cette monnaie commerciale soit adossée à de l’or mais aussi à d’autres matières premières, notamment les « terres rares », selon l’Indiatimes. Une approche qui rappelle le Bancor préconisé en son temps par John Maynard Keynes. Mais jusqu’à présent, les autres pays ne semblent pas avoir formellement défini les composantes du panier de matières premières.

Les BRICs représente 50% de la production mondiale de riz et de blé. Huit pays ont par ailleurs demandé à rejoindre l’organisation : l’Algérie, l’Argentine, le Bahreïn, l‘Égypte, L’Indonésie, L’Iran, l’Arabie Saoudite et les Émirats arabes Unis. Les BRICs+ représenteraient alors aussi la majeure partie de la production mondiale d’énergie fossile.

La santé économique de la Chine peut-elle tourner le dos au dollar ?

Si les points communs sont un désir de non alignement vis à vis des pays occidentaux, des économies exportatrices, des populations jeunes, il s’agit de gouvernements et d’économies très différentes. La Chine – qui est le poids lourd économique – reste par ailleurs un pays communiste dans lequel le secteur privé est tout juste toléré par le parti.

Or les nuages économiques s’amoncèlent dans la Chine en proie aux planificateurs omniscients.

Epochtimes : 

« L’économie du pays est en grande difficulté avec un secteur non étatique en crise », a déclaré Miles Yu, directeur de recherche et directeur du China Center à l’Institut Hudson […]« Elle a besoin de l’Occident bien plus que l’Occident n’a besoin de la Chine ».

La politique zéro Covid menée par le Parti a été mortelle pour le secteur privé qui a connu des millions de faillites de PME. La bulle immobilière est en cours d’effondrement, entraînant le secteur bancaire, dégradé le 5 juillet dernier par Goldman Sachs qui conseille aux entreprises étrangères de retirer leurs investissements.

Agiter le chiffon rouge de la dédollarisation pourrait donc empirer la situation.

Difficile de déterminer si le projet est assez mûr pour être finalisé durant ce sommet du 22 août. Une chose est sûre : les cours de l’or ne témoignent actuellement d’aucune fièvre annonciatrice de grands changements. La composition du panier de matières premières reste toujours très floue. 

Comme l’écrivait l’économiste de l’école autrichienne Carl Menger :

« La monnaie n’est pas une invention de l’État. Ce n’est pas le fruit d’un décret. L’accord d’une autorité politique n’est même pas nécessaire à son existence. Certaines matières premières peuvent devenir des monnaies de façon naturelle, résultant de relations économiques indépendantes du pouvoir de l’État. »

Mais le contrôle de la monnaie permet toutes les tyrannies ce qui n’a pas échappé aux États. Contrôle des changes, contrôle des devises, taux d’intérêt fixés arbitrairement, … tous les moyens sont bons.

La monnaie des BRICs - si elle est imposée de façon constructiviste comme l’a été l’euro - ne sera pas une alternative viable au dollar. Mais pour tous les pays, un adossement même partiel à l’or d’une devise quelconque serait un pas important vers la libération de la monnaie des carcans des États.

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