Au pied du mur de la dette

Par Simone Wapler

En France, le brouillard se dissipe dans certains esprits au sujet de l’état des finances publiques et on parle même de demander des comptes aux décideurs. Ce réveil tardif nous éviter-a-t-il une crise financière et monétaire ainsi qu’un déluge d’impôts aussi inutiles que nuisibles ? C’est douteux.

Depuis plus de dix ans, j’expose que le déficit public devrait être comparé aux recettes fiscales, et non pas à la taille de l’économie (le PIB), car jusqu’à nouvel ordre, nous ne vivons pas dans un pays où la totalité de l’économie appartient à l’État.

Présenté ainsi, la moitié des dépenses de l’État ne sont aujourd’hui pas financées par l’impôt. Dit autrement, sans recours à la dette, il faut augmenter les impôts de 50 %.

En valeur absolue, le ministère de l’Économie et des Finances se serait trompé de 100 Mds€ dans ses prévisions entre fin 2023 et maintenant. Cela équivaut à une erreur de 50%. 

Bercy … un bâtiment gigantesque, situé au cœur de Paris, emblème de la démesure d’un État qui contrôle 56% de l’économie nationale. Ce ministère est peuplé des plus brillants esprits que la République est censée nous donner : des énarques du corps de l’inspection des finances. Ce gratin intellectuel n’aurait rien vu de la dérive des comptes publics validant des erreurs de prévision à court terme qui disqualifieraient n’importe quel artisan, entrepreneur, restaurateur, médecin, boulanger, comptable, …

Une enquête qui n’aboutira pas

L’enquête souhaitée par certains, pour savoir s’il y a eu dissimulation de la situation comptable avant les élections, n’a aucune chance d’aboutir. Comme d’habitude, on découvrira que tout le monde est responsable et donc que personne n’est coupable. Les enquêteurs – membres de la commission des Finances de l’Assemblée – font eux-mêmes partie des décideurs, de la chaîne de responsabilité sur laquelle ils sont censés enquêter. Ils sont surtout biaisés.

Tous – de gauche, de droite – ont la même religion : le socialisme, avec ses chapelles que sont le dirigisme, le constructivisme. La seule différence est le culte auquel est dédié la chapelle : écologie, tournant énergétique, égalitarisme, justice sociale, patriotisme économique, souverainisme, etc.

Même les contribuables semblent pratiquer cette religion. Ils pensent que l’État investit, que tout frein aux dépenses de l’État serait un frein à la croissance, que toute réduction de prestation serait de l’austérité.

Aucune voix ne s’élève pour dire que la redistribution lèse ceux qui persistent à réussir, dope une consommation de produits importés, et aggrave le déficit commercial. Ou encore que la consommation n’est que la conséquence de la richesse et pas l’inverse.

Quant aux investissements de l’État, on pourrait y consacrer des volumes pour recenser ses échecs.

Renchérissement de l’énergie sous le coup d’une transition énergétique justifiée par un dogme qui n’a rien de scientifique. Nos ancêtres ont-ils eu besoin de l’État pour passer de la force animale au charbon, puis au gaz et enfin au pétrole ?

Gâchis de capital dans d’innombrables plans (plan calcul, plan composants, plan informatique pour tous, plan d'action gouvernemental pour la société de l'information, moteur de recherche français, plan Gouvernemental « Mécénat et Fondations » en faveur de l'Innovation).

Oui, innovation, le mot magique qui fait rêver et avaler tant de couleuvres…

Il ne vous a peut-être pas échappé que SpaceX, entreprise privée, avait récemment obtenu un succès technologique majeur en réussissant à récupérer un lanceur.

Ariane Espace et la Nasa, pourtant financés par les contribuables depuis des décennies, voient la fuite de leurs clients.

Mais la France et l’Europe continuent à légiférer sur le recyclage et nous imposent le bouchon solidaire.

Recyclage de lanceurs d’un côté, recyclage de bouchons de l’autre

Aujourd’hui, à écouter les médias, il faudrait que l’État « investisse » pour conserver la fabrication du Doliprane en France, une molécule tombée dans le domaine public pour laquelle il existe 100 génériques. Il faudrait aussi que l’État sauve un fabricant de verres de cantines, Duralex. Bientôt, on nous racontera qu’il faut que l’État investisse dans les marques automobiles qu’il aura sabordées. 

Dès lors que les enquêteurs embrassent la religion socialiste, je vous parie qu’ils concluront que le manque de recettes fiscales (puisque toute dépense est forcément bien fondée) provient de la malchance. Il n’y a pas de coupable, tout le monde est irresponsable mais fait de son mieux avec l’argent des autres.

Encore un budget insincère

Le budget 2025 concocté par Michel Barnier est similaire à tous ceux qui le précèdent : des économies dérisoires, une fiscalité vengeresse et destructrice de richesse, aucune remise en cause des dépenses existantes.

Pour ceux qui voudraient des détails sur les entourloupes budgétaires, sauce Barnier, je conseille cet article bien documenté et chiffré : PLF 2025 : peu d’austérité et beaucoup de matraquage fiscal.

Pour ceux qui nous gouvernent, une économie n’est pas une diminution des dépenses mais une augmentation moindre des dépenses.

Ce gouvernement a même classé en baisse des dépenses des suppressions d’exonération de charges sociales patronales.

Pourtant, ce devrait être clair : tout ce que l’honnête citoyen paye en plus = hausse d’impôts.

Les premières discussions parlementaires illustrent le piètre niveau de nos élus dénonçant pour la plupart une amère austérité. Une mention spéciale, toutefois, pour le député RN qui suggère de supprimer le dispendieux statut d’intermittent du spectacle. 

Le marché obligataire encore assoupi, mais…

Comme à l’habitude, je vous propose de regarder le thermomètre de l’inquiétude des investisseurs étrangers qui achètent la dette française. Plus le taux monte, plus c’est inquiétant.

Évolution du rendement de l’emprunt d’État français à 10 ans

Jusqu’ici tout va bien et les bond vigilantes, les anges gardiens du marché obligataire, semblent n’avoir aucun sujet d’inquiétude vis-à-vis de la dette française.

Trois autres signaux doivent cependant ne pas être négligés, même s’ils sont de second ordre.

1-    L’écart de taux entre les différents pays européens

2-    Le comportement des rendements obligataires américains

3-    Les différences d’inflation (hausse des prix à la consommation) et de croissance entre l’Europe et les États-Unis

Le Portugal et l’Espagne empruntent pour moins cher que nous (respectivement 2,617 et 2,873). Nous nous rapprochons de l’Italie (3,355) dont la trajectoire budgétaire est meilleure et la balance commerciale est positive. Contrairement à nous, l’Italie exporte plus qu’elle n’importe. Clairement, la France devient pour les investisseurs un pays du sud de l’Europe, plus risqué que les pays du nord. C’est actuellement le pays du sud de l’Europe à la trajectoire budgétaire la plus inquiétante.

Malgré la baisse des taux directeurs de la Réserve fédérale du 18 septembre dernier, le rendement du 10 ans américains a remonté.

En principe, dans le système monétaire actuel, après toute baisse de taux directeur de la part d’une banque centrale, on attend une baisse générale des taux à plus long terme. Cela n’a pas été le cas aux États-Unis. Pourquoi ? Parce que, selon les spécialistes, les anticipations de hausse de prix se sont relevées à 2,33% en moyenne durant 10 ans. 

Cette réaction américaine pourrait signifier qu’une baisse de taux de la Banque centrale européenne pourrait être sans effet sur le marché obligataire en euro.

Enfin, les Etats-Unis affichent 3% de croissance et 2,4% d’inflation. L’Europe, 0,2% de croissance avec 1,7% d’inflation. Pour un fonds de pension, mieux vaut placer son argent à 4,09% en dollar dans un pays un peu plus dynamique qu’à 3% en euro. Certes, les États-Unis sont eux aussi minés par l’interventionnisme, mais à un stade moins avancé que l’Europe. La richesse par habitant y est supérieure et le secteur privé plus important.

Si le marché obligataire se retourne rapidement, cette fois, les rachats d’obligations par les banques centrales ne suffiront peut-être plus à calmer les choses. 

L’or toujours haussier malgré l’absence des investisseurs privés

Enfin, dernier symptôme d’une crise monétaire qui couve, toutes les devises chutent par rapport à l’or.

Sur 12 mois, l’or s’est apprécié de :

 

·      36,74% en euro

·      31,11% en livre

·      40,02% en dollar

·      34,70% en franc suisse

·      41,54% en dollar canadien

·      36,67% en couronne danoise

·      35,23% en couronne suédoise

·      36,90% en leu roumain

·      39,14% en rouble

·      42,38% en forint hongrois

·      36,41% en yuan chinois 

Je vous fais grâce du peso, du bolivar, etc... Pas une monnaie n’est un refuge. Aucune ne résiste à l’or[1].

Cette baisse des devises face à l’or n’est pas le fait d’investisseurs privés (particuliers ou fonds de pension) qui chercheraient à préserver du pouvoir d’achat.

Elle est pour le moment le résultat d’achats d’or du secteur officiel (banques centrales). 

Nous sommes face à la montée de la défiance, envers les plus grands acteurs d’un système de monnaies fiduciaires qui est en train d’échapper à tout contrôle.

Par conséquent, nous ne sommes pas face à une bulle spéculative et il n’est pas trop tard pour agir à titre individuel.

[1] Sauf le bitcoin qui progresse par rapport à l’or.

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