Bientôt la tronçonneuse en France ?
Par Simone Wapler
Le lent naufrage de nos finances publiques continue avec un nouveau timonier en la personne de François Bayrou. Mais certaines idées nouvelles venues de l’étranger commencent à cheminer.
Un nouveau premier ministre nous a été donné. Après un socialiste de droite, nous avons droit à un socialiste du centre.
« L’adhésion au capitalisme comme modèle de société est à peu près le contraire de ce que nous pensons, de ce que nous voulons, de ce que nous espérons » 1e conférence nationale du Modem, 26 octobre 2008
L’agence de notation Moody’s a accueilli cette nomination en dégradant la note de la France, constatant que l’instabilité politique compromettait la diminution des dépenses publiques.
Bien sûr, il ne fallait pas être fin stratège politique pour comprendre qu’une coalition s’accorde toujours sur des dépenses mais jamais sur des économies.
Le miracle de Notre-Dame
La reconstruction de Notre Dame devrait cependant inspirer nos politiciens et fonctionnaires.
· 800 M€ d’argent privé donné spontanément. Pas besoin de ministère de la Culture (occupé à subventionner des spectacles que personne ne va voir) incapable d’entretenir les bâtiments publics sous sa responsabilité.
· 5 ans de chantier. Un record qui a pu être atteint en levant de nombreuses contraintes administratives, grâce à une loi de dérogation et la création d’une structure spéciale affectée au projet.
Moralité : dégageons le ministère de la Culture (3,9 Mds€ d’économies) et les normes et contraintes administratives inutiles. Afuera !
Bien sûr, comme d’habitude, de beaux esprits s’insurgeront contre ces idées à l’emporte-pièce et évoqueront une multitude d’obstacles infranchissables. Il suffira de leur rappeler que :
· Beaucoup de grands pays ont une culture sans ministère de la chose
· Notre-Dame est un édifice accueillant une énorme densité et quantité de visiteurs et de fidèles et que le chantier n’a probablement pas dérogé aux normes de sécurité. Quand ça marche, l’exception devrait devenir la règle.
La détermination et la volonté sont les meilleurs leviers pour s’affranchir de la complexité inutile qui est la jungle dans laquelle les parasites se complaisent à se camoufler.
L’IA : un lecteur infatigable des textes les plus rébarbatifs
Le Department Of Government Efficiency ou DOGE, nouvellement créé par Trump, aura notamment comme mission de s’attaquer au corpus législatif et normatif des États-Unis.
Pour ne pas s’enliser dans le marécage de Washington et aller vite, Elon Musk et son compère Vivek Ramaswamy ont déclaré vouloir s’appuyer sur l’intelligence artificielle.
Concernant les textes réglementaires, normes, lois, ils seraient passés à la lecture automatique, analysés et classés en 4 catégories :
· Normal (rien à signaler)
· Redondant (deux textes différents pour dire la même chose)
· Obsolète (texte suranné qui n’a plus lieu d’exister)
· Contradictoire (deux textes différents pour dire l’inverse)
À mon avis, il manquerait une catégorie si un tel projet devait être mené en France : « incompréhensible » ou « abscons » si vous préférez. Quiconque ayant affaire avec le Code du Travail, le Code de l’Urbanisme, le Code de la Construction et de l’Habitation, le Code Forestier, … se demande parfois si le législateur a seulement compris ce qu’il avait écrit.
Je ne sais pas si je verrai le DOGE aboutir de mon vivant mais l’idée est grisante.
La politique de la tronçonneuse après un an d’activité
Moins sophistiquée que l’Intelligence Artificielle, la tronçonneuse à l’œuvre depuis 12 mois en Argentine produit déjà des effets positifs.
À contrecœur, les médias qui s’étaient gaussés de l’arrivée de Xavier Milei à la présidence reconnaissent que le bilan, loin d’être effroyable, est positif.
· L’inflation, cet impôt sauvage qui pénalise d’abord les plus démunis a été divisée par 10, passant de 25,5% mensuel en décembre 2023 à 2,7% mensuel en octobre 2024.
· Le pays dégage à nouveau un excédent commercial et exporte plus qu’il n’a besoin d’importer.
· Le budget est légèrement excédentaire
Évidemment, on ne fait pas d’omelette sans casser d’œufs…
Les revers : une récession (-3,5% d’activité économique) qui touche principalement les acteurs du secteur public et les retraités ; un chômage en hausse (du fait de 33 000 emplois supprimés dans le secteur public) ; un taux de pauvreté en hausse surtout en raison de la baisse de certaines prestations sociales. En soi, le taux de pauvreté n’est d’ailleurs pas significatif puisqu’il est arbitrairement situé à 50% du revenu médian. Si le revenu médian augmente, le taux de pauvreté augmente (selon le principe que si je relève une toise, il y a plus de gens qui passent dessous même s’ils n’ont pas changé de taille).
La tronçonneuse est certes douloureuse pour certains mais la gêne devrait être fugace puisque le Fonds monétaire international prévoit pour 2025 une croissance de 5%.
La tronçonneuse, c’est l’inverse du socialisme : pas agréable sur le moment mais bénéfique à long-terme. Le socialisme c’est comme la drogue : agréable sur le moment et ruineux à long terme.
On commence à entendre des réflexions en France qui auraient été impensables avant Milei et avant Trump 2, et de plus en plus de références à la tronçonneuse tant parmi les citoyens que parmi les politiciens.
Ainsi, Le journal du geek indiquait le 12 décembre « IA, tronçonneuse et wokisme : voici les recherches Google les plus populaires de 2024 »
« Il faut qu’on ait une tronçonneuse pour couper dans les dépenses publiques. Ce qu’il [Javier Milei] porte, est une piste. On ne peut plus continuer comme ça, à empiler les normes, les règles, qui pèsent sur ceux qui travaillent »
Éric Ciotti, Les Républicains, le 22 octobre 2024.
Peut-être que le vent commence à tourner même en France et, en bonne girouette bien huilée, François Bayrou pourrait s’orienter selon ce vent contraire au socialisme.