Les dindons de la farce du partage de la valeur

Les députés viennent d’adopter une loi sur le partage de la valeur afin de « recréer de la confiance avec les partenaires sociaux ». Dans la pratique, cette loi ne favorisera pas les salariés mais entravera encore plus les entreprises et pénalisera leurs actionnaires.

Toutes les entreprises de plus de 11 salariés seront concernées par cette loi qui veut généraliser les dispositifs d’intéressement, de participation et de primes de « partage de la valeur ».

Dans un monde libéral classique, les entreprises appartiennent à leurs actionnaires, et gagnent de l’argent en fournissant des produits et des services à leurs clients qui acceptent de les payer un certain prix.

Une entreprise mal gérée perd de l’argent et finit par faire faillite. Une entreprise bien gérée gagne de l’argent, rémunère ses salariés, règle ses fournisseurs. Lorsqu’elle a payé ses impôts et taxes, l’entreprise est supposée pouvoir disposer du reste comme elle l’entend : réinvestissements pour grandir, rémunération du risque de ses actionnaires, compléments de salaires.

Ce partage est décidé par ceux qui ont pris un risque en investissant leur propre argent : les actionnaires. Les employés échangent leur temps et leurs savoir-faire contre un salaire fixe déterminée par leur contrat de travail mais ne misent pas leur propre argent. La décision de leur distribuer des primes, des gratifications ou de les intéresser aux résultats revient aux actionnaires.

Pour toute entreprise cotée, le partage de la valeur est à portée de main des salariés sans avoir besoin de loi

Rien n’interdit à un salarié d’une société cotée d’acheter en Bourse des actions de sa propre entreprise. Cela ne lui coûtera pas plus cher qu’un billet de Loto et ses probabilités de perte sont beaucoup moins importantes qu’avec ce même billet de Loto (dans ce dernier cas, il sera 19 999 999 fois perdant contre 1 fois gagnant). Ce n’est donc pas très difficile d’empocher une part des « super profits » des avides actionnaires fustigés par les tenants du marxisme à la française.

Par exemple, une action Air Liquide coûte 164 € (à comparer au prix d’un billet de Loto compris entre 2,20 € et 369,60 €). L’action valait 21 € en 2003 et 63,50 € en 2013. Son dividende est de l’ordre de 2% par an et l’actionnaire reçoit presque tous les ans 1 action gratuite pour 10 actions détenues.

Et si l’entreprise est mal gérée ? Eh bien, l’actionnaire perdra de l’argent mais pas toute sa mise, contrairement au joueur de Loto, sauf cas de faillite.

Certes me direz-vous : mais quid des salariés des entreprises non cotées ? Les parts de la plupart des entreprises qui ne sont pas cotées en bourse sont illiquides dans la mesure où il n’existe pas de marché où les échanger.

Selon BFM TV :

« La participation est un mécanisme de redistribution des bénéfices, actuellement obligatoire dans les entreprises de plus de 50 salariés, tandis que l'intéressement est une prime facultative liée aux résultats ou aux performances non financières, des dispositifs qui s'accompagnent d'avantages fiscaux.

Mais les entreprises plus petites sont encore à la traîne : 88,5% des salariés d'entreprises de plus de 1000 personnes bénéficiaient d'un dispositif de partage de la valeur en 2020, contre moins de 20% dans celles de moins de 50 salariés, d'après la Direction statistique du ministère du Travail (Dares). »

Ne jouons pas sur les mots : participation, intéressement et prime ne sont que des éléments variables de salaires.

En faire une obligation légale revient à pénaliser les entreprises françaises par rapport à leurs concurrentes qui n’y sont pas soumises.

Une loi pour des syndicats qui ne représentent presque personne

« Le texte du projet de loi est une "transposition fidèle et intégrale" de l'accord entre partenaires sociaux » a déclaré le ministre du Travail, Olivier Dussopt.

Ces « partenaires sociaux » syndicats salarial et patronal - ne représentent qu’eux-mêmes. Ils sont financés par des subventions (par les impôts et la dette publiques). Le nombre de salariés syndiqués – en baisse constante - est inférieur à 11% selon Les Echos ; c’est un chiffre à peu près identique côté patronal selon Michel Offerlé, auteur de « Les patrons des patrons, histoire du Medef » professeur de sciences politiques enseignant à l’École normale supérieure.

Si les entreprises créent de la valeur, il leur appartient d’en disposer elles-mêmes et elles n’ont pas besoin de lois pour leur indiquer comment elles doivent la distribuer.

Dans une France secouée par les émeutes de ceux qui détruisent de la valeur, les députés de l’Assemblée nationale feraient mieux de se pencher sur les nombreux vrais problèmes.

Le remaniement du régime des retraites auraient, par exemple, pu instituer du « partage de la valeur » en laissant les gens libres de capitaliser. 

Les entreprises françaises ligotées par la législation font moins bien que les autres

Pour l’investisseur, ces multiples entraves du législateur expliquent que les performances du CAC40 soient inférieures à celles de la plupart des autres indices actions. Hélas, l’investisseur qui souhaite « capter de la valeur » devra se tourner vers des entreprises étrangères.

Un exemple pour illustrer ce point : l’action TotalEnergies fait du sur place depuis 5 ans alors que son équivalent américain Exxon Mobil progresse de près 40% dans le même intervalle de temps.

Évolutions comparées d’Exxon Mobil, Total Energie et du Dow Jones

Et sur une durée de vingt ans, ce constat déprimant se confirme : Exxon Mobil : 178%, Dow Jones : 241% et Total Énergies : 36%.

Plus généralement, comme l’a dit Henry Bonner dans une récente chronique, les performances des entreprises françaises du CAC40 sont inférieures à celles des indices américains.

Dans une France secouée par les émeutes de ceux qui détruisent de la valeur, les députés de l’Assemblée nationale, feraient mieux de se pencher sur les nombreux vrais problèmes qu’ils ont créés.

Le remaniement du régime des retraites auraient, par exemple, pu prévoir d’instituer du « partage de la valeur » en laissant les gens libres de capitaliser dans des fonds d’investissement ou dans les actions de leur choix plutôt que de continuer à imposer à la classe moyenne un système de répartition démographiquement inepte.

Pourquoi des députés incapables de créer de la valeur devraient-ils décider à la place de ceux qui la créent comment la partager ?

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