L’État ? À la niche !
Par Simone Wapler
Plutôt que d’infimes économies sur des dépenses inutiles ou des arguties sur les niches fiscales, ce serait l’État qu’il faudrait faire rentrer à la niche. Pour lui faire lâcher prise dans d’innombrables domaines où il n’a rien à faire.
S’il arrive à durer, le Premier ministre Michel Barnier sera probablement notre premier ministre de la Faillite. Mais pas tout à fait comme Margaret Thatcher au Royaume-Uni ou Javier Milei en Argentine qui ont certes acté la faillite de leurs pays mais entamé de vigoureuses réformes pour relancer la machine publique amaigrie. Les premiers pas de Barnier laissent à penser qu’il se comportera plutôt comme un mandataire liquidateur qui essaiera de payer le plus de factures possibles avant de tirer le rideau.
J’espère me tromper, mais aujourd’hui, la situation est la suivante :
Presque tous les mois des chiffres de déficit aggravé nous sont annoncés. Le dernier en date (mercredi 25 septembre) serait supérieur à 6% selon le ministre du Budget Laurent Saint-Martin. Pour mémoire : 4,4% prévu en début d’année, 5,1% prévu le 10 avril, 5,6% prévu le 2 septembre.
Quand vous voyez l’immensité des bureaux de Bercy et le nombre d’employés, vous vous demandez comment on peut atteindre un tel niveau d’imprécision. Il est vrai que cette manie de rapporter le déficit public au PIB – comme si la production nationale appartenait entièrement à l’État – ne simplifie pas la tâche. Quelle est la fiabilité de la comptabilité du PIB en entier ?
En réalité, le déficit devrait être rapporté aux seules recettes fiscales mais cette présentation pourrait rendre les contribuables dépressifs.
Attention, âmes sensibles, ne lisez pas ce qui suit. Les recettes prévues au budget 2024 étaient de 313 milliards (source INSEE), le déficit (c’est à dire les dépenses non financées par les recettes fiscales) était évalué à 147 milliards (source Ministère chargé du budget et des comptes publics). Le déficit était donc initialement prévu à 47% des recettes fiscales. Avec les dérapages annoncés – à savoir plus de dépenses et moins de recettes – on peut estimer au doigt mouillé (méthode qui vaut largement celles de Bercy) que 50% des dépenses publiques ne sont pas financées par l‘impôt. Cher contribuable, on vous saigne, mais ce n’est que pour payer la moitié du train de vie de l’État !
Presque tous les jours, des hausses d’impôts sont évoquées pour « remédier » à la situation. Bien entendu, il ne s’agit pas de remède puisqu’il faudrait doubler les impôts pour équilibrer les comptes. Il s’agit simplement d’une fuite en avant. On nous saigne et on nous ment.
Aucunes pistes sérieuses d’économie ne sont évoquées. La situation dépasse le simple coup de rabot général. Il faudrait faire des choix et surtout aborder le domaine tabou : que doit faire l’État ? De quoi doit-il s’occuper ? En 1959, le parti social-démocrate allemand avait tourné le dos au marxisme au congrès de Bad Godesberg en formulant : « autant de marché que possible, autant d'État que nécessaire » ou autre variante « la concurrence autant que possible, la planification autant que nécessaire ». Les socialistes allemands étaient donc plus libéraux que la droite dirigiste française.
En France, il est largement convenu, à droite comme à gauche, que l’État doit s’occuper de tout pour nous : de la culture, du programme télé, du climat, des subventions au reprisage des chaussettes ou au vélo, de la pédagogie de l’enseignement, de fixer les salaires, du bien-être animal, du logement, etc. En réalité, il serait plus simple d’énumérer ce dont l’État ne s’occupe pas du tout.
Des domaines importants sont en crise de suradministration : l’enseignement dont le niveau s’effondre, la santé, l’énergie et même l’immobilier.
L’immobilier en crise de suradministration
Parmi les soucis du nouveau gouvernement, la crise de l’immobilier. Pourtant, depuis 1925, l’État s’occupe très activement de nos logements.
Résultat ? Tout le monde est mécontent.
Les locataires se plaignent de la rareté des biens et du prix des loyers malgré les APL (aides personnelles au logement).
Les propriétaires se plaignent d’un droit qui a basculé largement en faveur des occupants (qu’ils payent un loyer ou pas), des blocages de loyer, de l’augmentation des taxes foncières, des obligations d’isolement nécessitant des travaux qui ne pourront jamais être amortis.
Les promoteurs se plaignent de la rareté du foncier, et des normes environnementales irréalistes qui leurs sont imposées.
Voici une carte récemment publiée par Meilleurtaux.com et Le Parisien
Achat ou location : combien de temps pour rentabiliser l’achat de sa résidence principale ?
Finalement, de tels écarts sont peut-être le résultat de la nomination d’un ministre de la Cohésion des Territoires (territoire étant le nouveau mot parisien pour désigner la province)…
Car cette carte expose des diversités qui doivent faire enrager les chantres de l’égalitarisme. Ainsi, il est horriblement coûteux d’être propriétaire à Paris surtout si l’on n’est pas certain de vouloir y rester durant 29 ans ; il vaut mieux être locataire. Mais malheur, avec des loyers très encadrés, l’offre locative est de plus en plus rare. Bienheureux ceux qui habitent Mulhouse, Limoges ou Perpignan !
Comment se fait-il qu’il soit si facile de devenir rentier dans certaines régions ? Car aux yeux du Nouveau Front Populaire, tout propriétaire est nécessairement un rentier. Or un rentier doit être puni. Des demandes de taxation au revenu du loyer fictif font donc régulièrement surface, la dernière date du 15 avril 2024.
Plus sérieusement, quels sont les avantages d’une politique du logement, par rapport à laisser faire le marché et la loi de l’offre et la demande ? Il est normal que dans les régions dynamiques la demande en logement soit supérieure et les salaires plus élevés. Quant au record de Mulhouse (1 an et 3 mois d’amortissement), il tient probablement à la présence de nombreux frontaliers qui choisissent de travailler en Suisse (où le SMIC n’existe pas mais les salaires sont bien supérieurs) et de résider en France.
Le vrai débat ne doit pas porter sur les économies mais d’abord sur le rôle dévolu à l’État. A défaut, les économies seront impossibles, car une administration – comme toute créature – cherche à grossir et prospérer, pas à maigrir.