Qui sera ministre de la Faillite ?
Par Simone Wapler
Ce gouvernement a peu de temps pour convaincre les investisseurs étrangers qui financent nos déficits. Ses débuts ne sont pas encourageants : recours à l’impôt plutôt que faire reculer les prérogatives de l’État.
Bruno Le Maire n’est pas chaleureusement accueilli à l’École polytechnique de Lausanne, en témoignent les graffitis laissés par des étudiants. Sa rentrée de prof risque d’être chahutée.
Mon graffiti préféré est « Ministre de la faillite, c’est ça que vous voulez comme prof ?!? ».
Évidemment, Le Maire ne sera pas administrateur de la faillite à laquelle il aura contribué avec le plus grand zèle, surpassant ses prédécesseurs étatistes de droite et de gauche depuis 50 ans. Le nettoyage des écuries d’Augias ne sera pas pour notre énarque-écrivain.
Il est vraisemblable aussi que ce ne sera pas non plus Barnier et ses acolytes qui s’y colleront. À peine nommés, ils multiplient les bourdes.
Le problème financier est qu’il faut trouver de l’argent vite, très vite, sans laborieusement discuter une loi. Il faut trouver au moins 20 milliards, voire plus (pour tenir compte de tout ce qui semble avoir été mis sur le tapis) d’ici à la fin de l’année.
Pour avoir plus d’argent, il y a trois solutions :
· Gagner plus (ce qui pour un État signifie taxer plus)
· S’endetter plus (ce qui dure depuis 50 ans mais semble difficile à court terme)
· Dépenser moins et revoir le rôle de l’État.
Après un suspense haletant, nos énarques-étatistes de droite et de gauche ont finalement décidé de… taxer plus !
Un étatiste de droite comme Barnier taxe pour redresser les comptes publics.
Un étatiste de gauche taxe pour redistribuer à des fins de « justice sociale ».
À l’arrivée, le résultat est le même : moins d’argent pour tout le monde
Jusqu’à présent, les marchés financiers n’avaient rien contre les étatistes de droite ou même de gauche, tout au moins au début. Mais là, il semblerait qu’ils toussent un peu.
Overdose fiscale ?
Visiblement, les observateurs étrangers estiment que la France est proche de l’overdose fiscale et une overdose, c’est risqué… La piqûre de trop. En termes financiers, le risque se quantifie par les taux d’intérêt. Donc le rendement de la dette à 10 ans s’est relevé.
· Le 1° juillet 2024, les taux culminent à 3,3017 %, leur plus haut de l’année 2024. Nous sommes une semaine avant le premier tour des législatives.
· Le 21 août, ils retombent à 2,908 % pour ensuite remonter légèrement au fur et à mesure que la désignation du Premier ministre tarde.
· Le 11 septembre, ils redescendent à 2,817 %, leur plus bas de l’année. La nomination de Michel Barnier le 5 septembre n’y est pas étrangère. Les médias apprécient le technocrate qui s’est déclaré hostile aux impôts lors d’une primaire du parti Républicain.
Évolution depuis 6 mois du rendement de l’OAT à 10 ans
Mais depuis, les taux remontent. Ce qui n’est pas un signal encourageant.
Mur de la dette et déconfiture de la croissance
En juillet 2024, un rapport sénatorial estimait que la charge de la dette représenterait en 2024 plus de 50 Mds€. Pour avoir des ordres de grandeur, c’est un tiers de la collecte de la TVA ou la moitié de la CSG.
« Comparée à la charge de la dette de l'Allemagne, celle de la France a été multipliée par deux, avec 1,7 % du PIB pour la France contre 0,8 % du PIB pour l'Allemagne. » (Source)
Pour mémoire, le taux de croissance de la France est d’à peine 1%. Donc pour acquitter les intérêts de la dette aux taux actuels - qui sont encore bas - il faut nous appauvrir de 0,7%.
Taxer n’a jamais créé de croissance (sauf pour Piketty et compagnie) : cela, les marchés financiers le savent. Le peu qui nous reste de croissance s’écrasera contre le mur de la dette.
Cependant, les spécialistes des marchés ne regardent pas que les taux à 10 ans mais aussi ce qu’ils appellent le spread, c’est-à-dire l’écart des taux entre le bon élève de l’Europe (l’Allemagne) et les cancres (les pays du sud). Plus l’écart de taux se creuse rapidement, plus la crise financière se rapproche.
Voici, sur la même échelle de temps de 6 mois, comment a évolué l’écart de taux d’emprunt à 10 ans entre l’Allemagne et la France.
Dès le résultat des élections européennes, en juin, l’écart de taux a bondi mais désormais, il paraît osciller sur un plateau. Heureusement, les spéculateurs ne se sentent pas encore d’humeur à tester les convictions de la Banque centrale européenne pour savoir si elle viendrait au secours de la France.
Il est vrai que les Allemands, empêtrés dans les pièges de leur « tournant énergétique », des sanctions contre Poutine, et du suicide de leur industrie automobile, ont d’autres chats à fouetter.
En attendant l’issue fatale, pas d’autre solution pour nous que de digérer une nouvelle hausse d’impôt.
Pourtant, tenez, rien qu’une petite idée pour économiser comme ça, rapidement 10,5 Mds€…
Supprimez immédiatement toutes les subventions aux associations, qui nous coûtent ce montant. (Source : Effort financier de l’État en faveur des associations – Annexe au projet de loi de finances pour 2024)
Chacun de nous est capable de choisir à quelles associations il veut donner son argent. L’État et les collectivités n’ont pas à faire de clientélisme avec l’argent de nos impôts.
D’autres idées de coupes immédiates ne nécessitant pas de lois compliquées ? Partageons-les et envoyons-les à Matignon !
Après ces premières économies, une tronçonneuse comme celle Javier Milei, le président argentin, resterait indispensable.
L’idéal serait même un ministre de la Faillite comme le fut Margaret Thatcher, alors que le Royaume-Uni, après son expérience travailliste, avait le Fonds monétaire internationale à son chevet. Aucune des réformes de Thatcher ne fut depuis remise en cause.
« L’État que les socialistes ont créé devient de plus en plus hasardeux quand il tente de dispenser une justice économique et sociale, de plus en plus étouffant par ses effets sur les aspirations humaines et l’initiative, de plus en plus politiquement sélectif dans sa défense des droits des citoyens, de plus en plus gargantuesque dans son appétit – et de plus en plus désastreusement incompétent dans ses résultats. Par-dessus tout, il représente une grave menace, quoique non intentionnelle, envers la liberté de ce pays, car il n’y pas de liberté lorsque l’État contrôle totalement l’économie. »