La faillite de l’industrie du recyclage imposé
Par Simone Wapler
L’industrie du recyclage, tant pour les plastiques que les métaux, au lieu de se retrouver dopée par une réglementation inutile, plonge face à la concurrence extra-européenne.
Aujourd’hui je vais voler le sujet préféré de Henry - la destruction de valeur par interventionnisme public – et l’illustrer par une magnifique perle récemment dévoilée.
Je vais vous parler de l’obligation d’utiliser du PET recyclé dans les bouteilles en plastiques.
Tout commence bien par de bonnes intentions et de la façon la plus anodine possible : un décret de décembre 2021.
Ce décret prévoit qu’en 2025 (c’est maintenant, pour mémoire), n’importe quelle bouteille d’eau doit être fabriquée avec au moins 25% de polyéthylène recyclé.
Vous savez, en tant qu’ami de la planète, que le plastique c’est mal, très maaaaaaal.
Ça pollue. Les baleines ne le digèrent pas. Les dauphins non plus. Et je ne vous parle même pas de la pollution du canyon del Sumidero (Mexique).
Ce que vous vendent les agences :
Ce que vous verrez de près.
Ce triste spectacle est véridique, je l’ai vu de mes yeux.
Mais ce n’est pas moi ! protestez-vous, je remplis bien gentiment ma poubelle jaune. Le canyon del Sumidero, les baleines et les dauphins, je n’y suis pour rien.
Bon peut-être que ce n’est pas vous. Mais vous allez quand-même payer pour tout ça. Parce que, scrogneugneu, tous solidaires, responsables, durables, éco-responsables et bablabla…
Au fait, comment en sommes-vous arrivés là ? Avec la loi du 10 février 2020 contre le gaspillage et pour l’économie circulaire du Code de l’environnement !
« le décret est pris en application de la loi du 10 février 2020 relative à la lutte contre le gaspillage et à l'économie circulaire. Il applique aux bouteilles pour boissons y compris leurs bouchons et couvercles en plastique, tels que définis au 1° du IV de l'article R. 543-43 du code de l'environnement, l'obligation d'incorporation de matière recyclée conformément à la directive du 5 juin 2019 relative à la réduction de l'incidence de certains produits en plastique sur l'environnement. Ainsi, le décret ne s'applique pas aux bouteilles pour boissons d'une capacité supérieure à trois litres.
Il précise en outre que cette obligation ne s'applique pas aux bouteilles de lait non réfrigérées en plastique et prévoit un bilan en 2025 pour réexaminer cette dérogation. Le décret transpose les taux d'incorporation minimum de plastique recyclé dans les bouteilles pour boissons et les échéances prévus par cette directive : 25 % minimum en 2025 pour les bouteilles en plastique de type PET, puis 30 % minimum pour toutes les bouteilles en plastique à compter de 2030. »
À ce stade, vous vous demandez qui peut bien penser, rédiger, puis voter une loi contre le gaspillage.
A priori, le gaspillage punit celui qui s’y livre en lui faisant perdre son argent. Si les gens veulent jeter leur propre argent par la fenêtre, ça les regarde.
Mais ce n’est visiblement pas l’avis d’un ministre de l’Écologie. Pour sauver la planète, il faut empêcher le gâchis, la surconsommation ; il faut promouvoir l’économie circulaire, nouvelle noble désignation du recyclage.
Situation initiale :
· Un besoin créé de toute pièce par l’idéologie. Car côté « économie circulaire » la poubelle jaune est censée pourvoir au recyclage. Libre ensuite aux gens d’utiliser cette matière recyclée.
· Des industriels conscients d’une nouvelle obligation à terme : 25% de matière recyclée à incorporer dans leurs bouteilles en 2025.
Situation finale :
· Gâchis
· Destruction de valeur
Dérapage du capitalisme de copinage
Sur X (Twitter) vous pouvez accéder à deux vidéos, où le président de la Confédération européenne des industries du recyclage se lâche pour expliquer le nouveau désastre auquel est confrontée son industrie.
Cette première vidéo se consacre aux bouteilles plastiques.
· Une demande artificielle de PET recyclé a été créée par la réglementation.
· Cette demande artificielle est censée aider l’industrie du recyclage
· Les producteurs d’eau s’agitent pour trouver plus de PET recyclé
· Concurrence des producteurs asiatiques qui fournissent du PET recyclé moins cher (prix de la main d’œuvre et coût de l’énergie moins élevés)
· Fermeture progressive des unités de recyclage en Europe. Notamment une unité de Paprec-Suez en France avec destruction de millions d’euros d’investissements.
Et après ce déballage, notre intervenant conclut par une demande pour plus de réglementation :
« mettre en place des obligations d’incorporation, c’est une bonne idée, mais si de l’autre côté on n’a pas un mécanisme régulateur et bien, c’est nos amis asiatiques qui en profitent entre autres ».
Voilà le remède : encore plus de capitalisme de copinage !
En réalité, ces obligations, qui ne sont pas demandées par les clients et aucunement indispensables à la sécurité des personnes, sont ineptes et nuisibles. Le gâchis est là. Pas ailleurs.
Notre intervenant déballe ensuite la question des batteries, un domaine dont Henry couvre régulièrement les désastres concernant la fabrication. Ici encore, il s’agit de recyclage.
· La technologie des batteries évolue plus vite que la réglementation
· La technologie lithium-fer-phosphate récemment adoptée n’offre aucune valeur de recyclage
· Faute de visibilité sur l’évolution de la technologie, il est impossible d’investir dans le recyclage
· De même, le recyclage des aimants permanents n’est pas rentable.
Ne jamais investir dans le capitalisme de connivence
Le capitalisme de connivence conduit toujours au gâchis de main d’œuvre et de capitaux. C’est un système institutionnalisé de mauvaise allocation de ressources qui ne peut qu’engendrer des déboires pour les actionnaires.
Ce n’est pas un hasard si sous la pression des actionnaires, les grandes et les grands fonds déclarent tourner le dos aux entreprises qui revendiquent des « engagements socialement responsables », s’impliquer dans les « énergies vertes » et autres billevesées.
Investissez plutôt dans des entreprises qui sont dévouées à servir leurs clients et non pas la bureaucratie.
Afuera !