L’inflation s’incruste
Les hausses des prix à la consommation persistent partout. Ceci devrait conduire les politiciens à plus de mesures idiotes de contrôle des prix et les banques centrales à plus de hausses de taux. Jusqu’à ce que quelque chose finisse par casser…
L’inflation – au sens strict – est l’évolution de la masse monétaire. Comme nous le savons tous, cette évolution ne connaît qu’une direction : l’augmentation. La croissance de la masse monétaire de ces dernières décennies a été bien supérieure à celle des produits et services. Les hausses de prix résultantes de ce surplus de monnaie se sont diffusées de façons différentes dans l’économie et dans les prix à la consommation.
Les biens et services les plus indispensables ont le plus augmenté
Une illustration de Visualcapitalist consultable ici montre comment les prix de différents types de biens et services ont évolué depuis 2000 aux États-Unis.
Ce qui a fortement monté:
Les soins hospitaliers, les frais d’éducation, les frais médicaux, l’alimentation, le logement.
Ce qui a (un peu) baissé:
Habillement, services de téléphone mobile, logiciels, jouets, télévision.
Ce qui est resté à peu près stable:
L’automobile et les équipements ménagers.
Les dépenses dites incompressibles se sont renchéries tandis que les prix des biens qui ont profité de la mondialisation - autrement dit de la délocalisation de la production dans des pays à main d’œuvre bon marché - ont baissé.
Ces grandes tendances se retrouvent en Europe.
Cette croissance n’a pas été brutale mais continue ; les confinements, la guerre en Ukraine et le renchérissement de l’énergie n’ont qu’un effet marginal.
Violente hausse du prix des aliments en France
En France, les derniers chiffres montrent que l’indice des prix a augmenté en rythme annuel de 6,2% en février, les denrées alimentaires progressant de 14,5%.
Comme le dit Bill Bonner, l’inflation s’incruste… Des décennies d’incurie monétaire ne se rattrapent pas en quelques mois de timides hausses de taux.
En plus de la politique monétaire, les récentes prises de position contre l’agriculture intensive et les subventions à la production dite biologique vont aussi dans le sens d’une accélération de la hausse des prix. Sur les étals, n’importe qui peut constater que le « bio » n’est pas bon pour le porte-monnaie…
J’ai suivi avec intérêt l’expérience d’une maraîchère qui vendait sa production sur un marché dans une petite ville. D’excellents produits cultivés tout près et très frais. Un jour, il y a quatre ans, j’ai vu un panneau affichant « en conversion ». Elle m’a confié : « il faut que je pense à mes neveux qui vont me succéder et ici, pour plaire à la clientèle, il faut du bio ». Cette année, la mention « bio » figure partout et ses prix se sont envolées. La maraîchère est toujours la même, elle a la même camionnette, les mêmes mains calleuses ; visiblement les hausses de prix qu’elle pratique n’ont pas gonflé ses marges et ne font pas la fortune des manucures. La qualité de ses légumes est identique mais ses rendements ont chuté.
Beaucoup de hausses de prix naissent aussi de réglementations, taxations, subventions et ne sont pas justifiées par une amélioration de la qualité. En France, la conversion à l’agriculture biologique recevra 340 M€ par an d’aides de 2023 à 2027. Ces aides sont de l’argent pris de force à des contribuables (qui n’auraient pas forcément choisi de consommer « bio ») ou du déficit qui s’ajoute à la dette publique… Cet argent tombé du ciel pour ceux qui se convertissent au bio se traduit en hausses d’impôts et en hausses de prix pour tous les autres.
Politique monétaire idiote et contre-mesures stupides
Le ministre de l’Économie, des Finances, de la Souveraineté industrielle et numérique (et de tout autre nom ronflant qui vous passe par la tête) coche toutes les bonnes cases, comme on dit maintenant. Normalien, énarque, il n’a travaillé que dans la fonction publique et navigue habilement de cabinets en ministères. Cette ignorance de toute activité concurrentielle ne l’empêche pas d’avoir des idées sur la bonne gestion des entreprises privées et de leur dispenser ces conseils.
Bruno Le Maire rate rarement une bourde et coche aussi toutes les cases de l’interventionniste nuisible: argent gratuit du « quoi qu’il en coûte », chèques et boucliers pour ceci ou cela, réanimation d’entreprises zombies, prêts « gratuits », relances, surtaxes sur les grandes entreprises ou les « super-profits ».
Reste la bourde ultime: le contrôle des prix. Depuis l’Empereur Dioclétien et son édit du maximum, en passant par la Révolution, les assignats et la Première république, on sait que cela ne marche pas. Mais cela ne dissuadera probablement pas notre bouillant ministre qui supervise actuellement des négociations commerciales entre la grande distribution et les fournisseurs.
Et votre épargne dans tout ça?
Ce n’est pas avec les 3% de rendement du livret A que vous pourrez mettre du beurre dans des épinards qui ont tous deux augmenté de 14,5%.
Mais comme nous vous le répétons, c’est mieux que les risques des marchés financiers qui vont continuer à souffrir de la hausse des taux. Ces hausses sont indispensables pour désincruster l’inflation mais elles provoqueront tôt ou tard de la casse…
En attendant, les fantaisies du gouvernement sont financées par toujours plus d’émissions de dettes dont une part grandissante est de la dette indexée sur l’inflation. Une crise des finances publiques et une crise monétaire se rapprochent de jour en jour.