Un monde de bulles sans krach ?

Par Simone Wapler

L’Intelligence artificielle chinoise n’affole plus les marchés actions. Le marché obligataire ne semble toujours pas se préoccuper du surendettement des gouvernements. Comment placer ses liquidités aujourd’hui ?

Les marchés financiers ont été brièvement ébranlés par l’apparition d’une « Intelligence Artificielle » chinoise capable de rivaliser avec les championnes américaines. Les camarades capitalistes chinois pouvaient-ils vraiment se mesurer avec quelques millions de dollars contre un projet de plusieurs centaines de milliards ? La nouvelle bulle des valeurs technologiques allaient-elle éclater ? Non. Toute cette histoire n’est plus qu’une trace dans les indices.

Comme nos abonnés le savent, notre but est de vous faire éviter une perte fatale. C’est pourquoi notre allocation d’actifs est ultra-conservatrice : beaucoup de liquidités, de l’or et peu d’actions. C’est une position très difficile à tenir lorsque les valorisations progressent en continu comme elles le font depuis maintenant presque quatorze ans. Pourtant, selon les 4 différentes méthodes utilisées par nos spécialistes[1], les actions sont bien surcotées, à des niveaux extrêmes, et depuis des années.

Qu’est-ce qu’une perte fatale ? Un krach comme celui de 1929, ou de 2000, ou de 2008… Si votre épargne financière se trouve prise dans un tel trou d’air, il vous faut des années avant de récupérer votre mise. Si vous avez 40 ans, rien de grave. Mais à 60 ou 70 ans, l’espérance de vie est plus faible, le temps joue contre vous. En 2008, il fallait attendre plus de 4 ans pour retrouver sa mise. En 2000, il fallait patienter 7 ans. Dans le cas de 1929, il fallait ronger son frein pendant 8 ans[2].

Depuis que le dollar a décroché de l’or en 1971 et que toutes les monnaies sont dites flottantes, la création monétaire s’est emballée ; le prix des actions aussi, malgré les krachs. Ceux-ci ne sont plus que de petites cicatrices à peine visibles dans la progression des indices.

Voici pour illustrer mon propos l’évolution des 500 de la capitalisation des plus grandes entreprises américaines depuis 50 ans.

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La perte fatale est-elle encore possible ? L’indice S&P500 a très vite digéré les chutes dues au confinement de 2020 et à l’invasion de l’Ukraine en 2022. 

La menace du marché obligataire

Nous continuons à penser qu’il existe aujourd’hui une double menace : que les actions décrochent brutalement mais aussi que le marché obligataire – donc les grandes devises des pays lourdement endettés - chute aussi.

Nous ne sommes pas les seuls à le penser ; la hausse de l’or, que nous considérons comme le flic des monnaies, est significative.

Si un pays porte une dette publique équivalente à la taille de son économie et que la croissance de son activité économique devient inférieure à son taux d’emprunt moyen, ça sent le roussi. 

Pour payer la charge de la dette, il faut que l’État surendetté prélève tous les fruits la croissance et encore plus. L’activité économique baissera puisque les entrepreneurs n’ont plus de quoi investir. La charge de la dette montera et … c’est la ruine. Ce processus se déroule maintenant sous nos yeux en France.

Aujourd’hui, la dette publique de la France représente plus de 112% de son économie. Son taux d’emprunt moyen sur ces 3 220 Mds d’emprunts est de 2,92% (source).  La prévision de croissance est de 0,9% (source). Par conséquent, il faut amputer la croissance pour garantir le paiement des intérêts.

Le budget du Premier ministre prévoit 37 milliards de dépenses publiques supplémentaires et, bien entendu, aucune économie. 21 milliards d’impôts nouveaux s’abattront dont 8 milliards seront pris par une surtaxe des grandes entreprises qui verront l’impôt sur les sociétés passer de 25% à 40%.

Pour ces grandes entreprises, le ressenti – comme on dit de nos jours - est mauvais. De plus en plus mauvais. Ce budget aggrave la situation.

Quand les rameurs aux gros bras quittent la galère

Déjà en avril 2024, Patrick Pouyanné de TotalEnergies, confiait à Bloomberg qu’il envisageait de coter sa société à New York et non plus Paris en indiquant cependant lors de son audition ultérieure au Sénat qu’il ne déménagerait pas le siège. Florent Menegaux de Michelin, auditionné par le Sénat le 22 janvier 2025, ferme deux usines à Cholet et Vannes, déplore le manque de compétitivité de la France, chiffres à l’appui, et parle de « cauchemar administratif ». Bernard Arnault de LVMH monte au créneau sur la surtaxe dans une conférence de presse le 29 janvier 2025. Dernier en date, Éric Trappier de Dassault Aviation le 4 février évoque une vague de désindustrialisation.

Si des bons rameurs du capitalisme de connivence lâchent la galère France, c’est qu’ils n’y trouvent plus leur compte. Car TotalEnergies, Michelin, Dassault Aviation ne se plaignaient jusque-là pas beaucoup et semblaient toujours s’accommoder de plus d’impôts et de contraintes étatiques. TotalEnergies, au lieu de se consacrer pleinement à son métier de pétrolier, chasse les subventions des énergies dites renouvelables et de la transition énergétique. Michelin, entravé par les exigences écologistes, a cependant été consolé en France par la « loi montagne » ; rentrée en vigueur en 2024, elle oblige les automobilistes de 34 départements à s’équiper de pneus neiges de novembre à mars. Dassault Aviation n’existerait pas sans commandes publiques. En revanche, personne ne vous subventionne ou ne vous rackette fiscalement pour acheter des produits LVMH…

Récapitulons : les dépenses publiques flambent, le matraquage fiscal s’intensifie et la désindustrialisation s’accélère, la croissance économique est plombée.

Mais tout ceci n’affole pas les marchés obligataires.

Source 

Tout va donc pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles, comme disait le Candide de Voltaire. La faillite de la France, le haircut (ponction sur les dépôts bancaires) ou l’impôt patriotique pour sauver la dette française ne semblent pas se profiler pour le mois prochain.

Pourtant, comme déjà dit, l’or poursuit sa tendance haussière face au dollar comme à l’euro, ce qui tend à montrer que tout n’est pas normal.

Que faire de son argent ?

Je considère l’or comme une assurance contre une débâcle monétaire. Tant que ce niveau de dettes publiques persiste, tant que des actions ne sont pas prises pour diminuer drastiquement les dépenses publiques, l’or doit se voir comme la devise ultime.

Le dollar et les entreprises américaines présentent de meilleures perspectives que l’euro et les entreprises européennes. C’est pitoyable car il existe de belles entreprises françaises mais avec le niveau d’impôt sur les sociétés qu’elles vont devoir acquitter, il leur restera beaucoup moins pour investir et rester les meilleures ou récompenser en dividendes leurs actionnaires.

Certes les États-Unis sont également surendettés. Mais leurs perspectives de croissance sont meilleures (2,5% pour 2025) et l’État fédéral a déjà commencé à couper dans ses dépenses. On peut donc envisager d’investir une petite partie de ses avoirs financiers en zone dollar dans de robustes entreprises américaines. En étant cependant conscient qu’en cas de sévère correction, il vous faudrait entre 2 ans et 10 ans pour récupérer votre mise.

[1] Actions comparées aux résultats, aux chiffres d’affaires, au PIB, à l’or

[2] Calculs fondés sur l’historique (ou la reconstitution) de l’indice S&P500, dividendes réinvestis. Source : measuringworth

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