Que faire avec l’or ?

Par Simone Wapler

La hausse de l’or passe ne passe plus inaperçue et attire des commentaires tant de la part de vieux routiers du marché que de nouveaux observateurs. Vendre, conserver, acheter, rester à l’écart : c’est la cacophonie. Comment savoir ce qui est le mieux pour vous ?

Cette chronique sera brève. Nous parlerons dans ce qui suit de l’or en tant qu’actif monétaire et non pas investissement comme de l’immobilier ou des actions. 

Nous conseillons de ne pas vendre. Les nouveaux-venus peuvent commencer à acheter même à ces cours très élevés. Tout le monde devrait chercher à se renforcer à chaque mouvement de baisse qui devrait s’avérer éphémère.

Pourquoi écrire tranquillement cela, sans aucun état d’âme ? De quelle autorité ?

Pour cela, il faut adopter un point de vue simple : l’or est une monnaie. Ce point de vue se fonde sur un fait irréfutable et facile à prouver.

Nous pouvons dire que l’or est encore et toujours une monnaie parce que toutes les banques centrales et le Fonds monétaire internationale en détiennent. L’or ne figure pas dans ces institutions à titre décoratif, ce ne sont pas les robinets des sanitaires qui seraient en or massif ou les miroirs dorés à la feuille. L’or figure dans la comptabilité officielle en tant que « réserve de change ». Donc l’or est bien une monnaie internationale.

C’est une monnaie internationale qui possède trois caractéristiques :

1.     C’est une monnaie qui n’a besoin de rien ni de personne pour exister. Elle n’est la dette de personne. Elle n’a pas besoin de réseau informatique.

2.     C’est une monnaie qui ne se crée pas à partir de rien. L’or ne se décrète pas. Si vous voulez de l’or, il faut le payer ou dépenser beaucoup d’argent et d’énergie pour en trouver et en extraire.

3.     C’est une monnaie qui ne dépend d’aucune institution centralisée. N’importe qui peut décider d’en extraire, d’en acheter, d’en vendre.

Aucune autre devise internationale ne possède ces trois caractéristiques.

Donc l’or est monnaie. Pourquoi en détenir plutôt que des euros, des dollars, ou n’importe quelles autres grandes monnaies facilement négociables ?

Concentrons-nous sur l’euro puisque je suppose que vous vivez en euro. 

Désirez-vous vraiment perdre 2% par an ?

La Banque centrale européenne indique qu’elle a un objectif annuel d’inflation de 2%. Voilà une institution garante d’une devise qui s’engage à ce que sa devise perde 2% par an en moyenne. C’est ce que la BCE appelle sans rire la « stabilité des prix ».

Cette « mission » figure en clair sur le site de la BCE.

Source

Donc l’euro est une devise dont les pilotes institutionnels s’engagent à ce qu’elle perde 2% de pouvoir d’achat par an.

Faites vos comptes, rien ne va plus

Si vous conservez 1 000 € sans y toucher, vous aurez un pouvoir d’achat de 817 € la onzième année, de 668 € la vingtième année, de 603 € la vingt-cinquième année, ont prévu nos grands planificateurs monétaires. Ce n’est pas vraiment ce qu’un être humain normal qui paie ses factures peut appeler une stabilité des prix.

Évidemment, comme d’habitude, rien ne se passe tout à fait comme prévu.

Voici, en France, l’allure de l’évolution de l’indice des prix à la consommation harmonisés (IPCH) entre janvier 2000 et décembre 2024. Sur cette durée, les prix ont augmenté de 59,71%.

Source 

Par comparaison, l’objectif de 2% par an fixé par la BCE aurait dû aboutir en final à 64%.

Vous me direz que 59,71% comparé à 64% c’est presque bien pour des grands planificateurs omniscients qui nous ont habitués à des dérapages bien plus graves. Certes mais il s’agit de notre argent et je ne vois pas l’intérêt de concéder aux fonctionnaires d’une banque centrale le pouvoir de nous plumer d’environ 2% par an même si, pour le moment, ils n’y arrivent pas tout à fait… 

Maintenant, voyons ce qu’a fait notre monnaie internationale, l’or, face à l’euro durant ces 25 années.

1° janvier 2000              280 € l’once

31 décembre 2024      2 532 € l’once (et 2 700 € l’once au 1° février 2025)

Bilan : cours multiplié par 9 en 25 ans.

Récapitulons.

·      Si vous aviez laissé dormir 1 000 € dans un coffre le 1° janvier 2000 et que vous les repreniez aujourd’hui, vous auriez un pouvoir d’achat de 626 € (en se fondant sur l’indice ICPH).

·      Si vous aviez oublié 3,57 onces d’or dans un coffre le 1° janvier 2000 et que vous les retrouviez aujourd’hui, vous auriez un pouvoir d’achat de 9 000 €.

La question de l’inflation - impôt arbitraire et antidémocratique - n’est cependant qu’un aspect de la question monétaire. L’autre aspect est la dette et plus précisément les dettes souveraines.

Toujours plus de dettes mais toujours moins de croissance

Il n’a certainement pas échappé à votre sagacité qu’il y avait actuellement un problème mondial d’endettement. Les États-Unis, le Japon, la Chine…

De grands pays de l’Eurozone sont très endettés : France, Italie, Espagne. Les taux d’intérêt sont supérieurs à leurs perspectives de croissance économique. La charge de la dette va donc devenir écrasante au fur et à mesure que celle-ci est roulée. C’est-à-dire qu’il faut emprunter à des taux plus élevés pour « rembourser » un vieux prêt qui arrive à échéance.

Il y a deux façons de sortir de l’ornière :

·      Arrivée au pouvoir d’hommes à la tronçonneuse (style Javier Milei en Argentine) qui tailleraient immédiatement dans les dépenses publiques

·      Création monétaire (peu importe de quel nom abscons l’opération sera habillée) pour rembourser les échéances.

Croyez-moi, il n’existe pas d’autres solutions à moins que vous ne souscriviez aux aimables farces de relance par des investissements de 800 Mds€ de M. Draghi. Pour mémoire les 750 Mds€ créés en 2020 pour affronter le Covid (plan dit NextGeneration EU) se voient très bien sur la courbe de l’indice d’inflation IPCH. La pente de cette courbe se redresse dépassant largement les objectifs de 2% par an de la BCE. Ce qui signifie que l’inflation a été nettement supérieure à l’objectif.

On voit mal comment emprunter plus pour faire plus de tout ce qui nous a conduit ici améliorerait la trajectoire. 

N'oublions pas le principe d’Einstein : « la folie, c’est se comporter de la même manière et s’attendre à un résultat différent ». C’est un principe fidèlement appliqué par nos autorités.

Pour conclure, tant que :

·      La Banque centrale européenne affichera un objectif d’inflation

·      Les finances publiques ne sont pas maîtrisées

·      La croyance keynésienne selon laquelle des « investissements publics » financés par la dette nous enrichissent persiste,

il serait imprudent de vous séparer de votre or ou de ne pas en avoir.

Certes, on sent en ce moment la brise de l’Internationale réactionnaire qui se lève ; certains dogmes commencent à être ébranlés.

Malheureusement, la foi dans les vertus des investissements publics reste encore solide en Europe. La solution de la création monétaire sera comme d’habitude retenue. Ce qui veut dire qu’il faudra plus d’euros pour acheter la même once d’or…

Dans ce cas de création monétaire, il vous faudra aussi probablement toujours plus d’euros pour acheter de bonnes actions d’entreprises solides ou des mètres carrés d’immobilier. Mais avec l’or, vous pouvez vous permettre de ne rien faire tandis qu’avec des actions cotées ou de l’immobilier vous devez surveiller vos investissements. Disons que l’or, c’est le droit à la paresse de ceux qui veulent conserver leur pouvoir d’achat.

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