Quel est le vrai prix de l’électricité ?
Les prix de l’électricité et les marges des producteurs et distributeurs sont opaques. Une grosse couche de taxations, subventions, réglementations commence à étaler au grand jour toutes ses nuisances.
Le prix de l’électricité commence à faire couiner les particuliers en France. Alors que le « bouclier tarifaire » n’est même pas encore abaissé, ils commencent déjà à percevoir les douleurs des premières hausses : +10% au 1° août après 15% au 1° février 2023, soit 26,5% au total.
« Le gouvernement précise que "le bouclier tarifaire continuera de prendre en charge la protection des Français à plus du tiers de leur facture, de l’ordre de 37% de la facture de l’électricité, contre 43% actuellement". En juin 2023, la Commission de régulation de l'énergie (CRE) avait calculé que l'évolution théorique des tarifs réglementés de vente d'électricité au 1eraoût 2023 aurait dû impliquer une augmentation de 74,5% des prix de l'électricité. »
Le bouclier est une mesure sociale qui ne touche que les particuliers. Les professionnels, eux, essaient de surnager avec des augmentations de 300% à 600%.
Le message officiel est donc « ça aurait dû être bien pire ». En creusant encore plus la dette publique, le gouvernement veut probablement éviter une explosion sociale auprès de laquelle les sorties des gilets jaunes sur les rond-point ressembleraient à d’aimables pique-nique champêtres.
Pour combien de temps, sachant que rien de ce qui nous a conduit jusque-là n’est fondamentalement remis en cause ?
Certes, et tant mieux, il y a eu récemment un virage pronucléaire qui prévoit d’arrêter les fermetures de centrales et d’en développer d’autres. Mais cette décision ne commencera à porter ses fruits que dans plus d’une dizaine d’années.
En attendant, il nous faut payer un prix administré et absurde pour l’électricité. Pardon pour le pléonasme : il est vrai que tout prix administré devient absurde puisque sans rapport avec l’offre et la demande.
Un prix de l’électricité déterminé par l’offre d’un monopole public
Il n’y a pas d’exception française : la demande potentielle en électricité par habitant est en France similaire à celle des pays à niveau de développement comparable.
L’offre en revanche est plutôt une exception française. L’activité du nucléaire civil a commencé à être développée dès les années 1950. L’objectif initial était d’obtenir du plutonium qui est le combustible des armes de dissuasion mais aussi le « déchet » d’une centrale nucléaire. Compte-tenu de la porosité entre les activités civiles et militaires, la production électrique nucléaire est réalisée par EDF, entreprise publique en situation de monopole.
Dans les années 1970, marquées par les chocs pétroliers, le gouvernement Pompidou-Messmer fait le choix du tout-nucléaire. Jusqu’en 2015, les trois quarts de la production électrique française sont d’origine nucléaire, l’hydraulique apportant l’appoint le plus substantiel. En 2015, le gouvernement Hollande-Valls, décide de réduire la part du nucléaire au profit des énergies dites renouvelables. Des fermetures de centrales sont donc décrétées.
Ces récentes décisions semblent avoir été prises légèrement sans tenir aucun compte des prix. D’ailleurs, la justification des prix du monopole public sont pour le moins opaques, même pour la Cour des comptes…
Un prix de l’électricité très incertain
Les prix de production annoncés par EDF sont-ils fiables et réaliste, sachant que cette entreprise nationalisée ou très partiellement privatisée cumule les pertes ? La Cour des comptes s’est penchée sur le problème, et s’est émue de l’opacité des calculs de prix de revient d’EDF pour ses différents réacteurs nucléaires. Elle a soulevé la complexité de la méthode d’amortissement, du chiffrage des frais de démantèlement et de stockage des déchets.
Voici un tableau récapitulatif des différents coûts de production.
On constate que malgré le flou du nucléaire, les énergies renouvelables, même après des années de subventions englouties, restent en moyenne plus chères que le reste. Intermittentes, ces énergies nécessitent toujours une source d’appoint en quantité variable et imprévisible.
Évidemment, entre 2021 et 2023, les prix du gaz ont fortement évolué.
Mais ce n’est pas pour autant que les énergies intermittentes sont plus rentables puisque justement, il leur faut du gaz (ou du charbon) en appoint.
À ces coûts de production, il faut ajouter les frais de distribution et, bien sûr, les taxes qui ne cessent de grossir. Christine Herzog, sénateur de la Moselle, attend toujours une réponse à sa question orale posée en avril 2023 :
« Il est inacceptable que le coût de production du kilowattheure par les centrales nucléaires soit d'environ 0,05 €, alors que le prix de vente au kWh est de 0,20 € TTC, ce qui représente une hausse considérable.
De plus, les barrages produisent de l'électricité à un coût encore moins élevé, de l'ordre de 15 à 20 € le mégawattheure (MWh), soit 0,02 € le kWh.
Les Français ont financé la construction des centrales nucléaires et des barrages par le biais de leurs impôts, mais ce sont les actionnaires étrangers de sociétés telles que Total Énergies, Engie, Iberola, Vattenfall et Urban Solar qui en tirent les bénéfices, tandis qu'EDF, le producteur historique, annonce une reprise par l'État pour éviter la faillite.
Il est également difficile de comprendre pourquoi la facture d'électricité pour une famille de quatre personnes s'élève en moyenne à 2 250 € par an, alors que le coût de production est de 550 € et que les taxes et les coûts d'acheminement représentent 60 % du coût total.
Les entreprises et les collectivités territoriales sont également durement touchées par cette hausse des prix. Il est urgent d'agir pour garantir un juste prix de l'énergie.
La commission de régulation de l'énergie doit jouer son rôle en garantissant la transparence, l'impartialité et l'indépendance des prix. Il convient également de s'interroger sur les raisons pour lesquelles les taxes et les coûts d'acheminement représentent une part aussi importante de la facture finale.»
La Commission de régulation de l’Énergie (CRE) est un « machin » bureaucratique créé en 2000 censé : « Assurer la concurrence entre les fournisseurs d’énergie au profit des consommateurs. Veiller à ce que les consommateurs obtiennent le meilleur service et paient le juste prix ». Par définition, la concurrence délivre sans aide extérieure le meilleur service au juste prix… La concurrence assistée (par des fonctionnaires) est un concept aussi étrange que celui de « compétition sportive assistée ».
L’improbable prix du « mix énergétique » : logique allemande contre logique française
Dans la logique allemande, la principale source d’énergie est le renouvelable. L’appoint se fait par des centrales thermiques à gaz ou au charbon (moins cher). Les Allemands paient donc cher leur électricité, les particuliers plutôt que les entreprises portant essentiellement l’effort.
Dans la logique française, la principale source d’électricité est le nucléaire. L’appoint se fait surtout par l’hydraulique. L’introduction d’énergies renouvelables ne fait que renchérir le mix français qui n’en a techniquement aucun besoin.
Le marché de l’électricité européen est supposé favoriser l’alliance de la carpe allemande et du lapin français qui ont des logiques diamètralement opposées.
Le marché de l’électricité n’est pas un marché où se rencontrent librement acheteurs et vendeurs mais une foire où opèrent lobbyistes, technocrates européens, fonctionnaires nationaux, entreprises monopolistiques ou subventionnées.
Un marché européen bidon
Dans Le Figaro, Loïk Le Floch Prigent, ancien patron d’entreprises publiques (SNCF, Gaz de France, Elf) se lâche au sujet du « marché de l’électricité » inventé par les technocrates européens : « choix «technocratique» volontaire contesté par les énergéticiens français, mais aucun traité n'existe qui nous y oblige et surtout nous pouvons nous en retirer lorsque nous le voulons sans contrevenir à nos signatures contraignantes. ».
Ce système attribue comme prix à l’électricité à un instant donné celui de la dernière centrale utilisée pour répondre à la demande. Donc, le prix de l’électricité dépend en permanence du prix de l’appoint.
« D'autres pays, l'Espagne et le Portugal l'ont fait, sans heurts, comme il était prévu, et nous pouvons le faire dans l'instant mettant simplement en difficultés les «fournisseurs» inventés par les technocrates qui ne fournissent rien, ne produisent pas, ne transportent rien, ne distribuent rien, qui ne font que spéculer. »
En matière de coups tordus, Loïk Le Floch Prigent est un expert qualifié (il a plusieurs condamnations avec prison ferme à son actif) et ses propos sont assez justifiés.
Pour résumer, l’électricité est un marché qui souffre de nombreux vices :
· Prix de production incertains dans le cas du nucléaire
· Prix de production faussés par les subventions dans le cas des énergies renouvelables
· Prix de distribution opaques
· Mainmise de la puissance publique sur le réseau
· Millefeuille de taxation-subvention
Dans ce contexte, une baisse de nos factures est aussi probable qu’une journée pluvieuse sur la Lune.
Selon un récent sondage 54% des détenteurs de véhicules électriques et hybrides regrettaient leur décision d’achat (parmi les 46% restant combien n’osent pas l’avouer ?). Il y a fort à parier que ce nombre grossira en même temps que les notes d’électricité.
Pire, si les pouvoirs publics persistent dans l’absurdité du « tournant énergétique » contraint, les énergies d’appoints que constituent les énergies fossiles vont se renchérir, aggravant le problème.